18 juin 1944… 77 années jour pour jour. En 1944, au plus fort de la guerre, Strauss écrit une sonatine  pénétrée d’une douce lumière. Ici, tout est élégance et émotion « positive », teintées çà et là d’une certaine angoisse.

Au début de 1943, Richard Strauss écrit une petite sonatine pour seize instruments à vent, dans l’esprit des sérénades de ses débuts. Il est encore très alerte. Pourtant, il appelle cette œuvre De l’atelier d’un invalide. Certes, il allait souvent en cure, mais n’avait rien d’un « invalide ». Cependant, la guerre le meurtrit. Il doute de son issue et lorsque la sonatine est créée en juin 1944 à Dresde, il s’inquiète de la disparition de la culture allemande.

Vous allez me dire : ohohoh, l’ami Strauss aurait-il fricoté avec le diable ? Oui et non. On dira qu’il avait avec les nazis une relation « complexe ». Il n’a pas quitté l’Allemagne, a accepté – parfois obséquieusement – quelques honneurs, mais a aussi défendu avec beaucoup d’obstination et non sans panache son ami Stefan Zweig dont il refusera que le nom soit retiré de l’affiche de la Femme silencieuse dont le grand écrivain était le librettiste. Strauss renoncera à toute fonction publique et savait qu’une partie de sa famille – sa belle-fille et donc ses petits-enfants – étaient juifs. Il a donc sans doute cherché à les protéger. On peut lui reprocher ses lâchetés, mais certainement pas la moindre adhésion au régime. « Croyez vous que Mozart ait délibérément composé de façon aryenne ? » écrit-il à Zweig dans une lettre qui lui vaudra quelques ennuis avec la Gestapo et le fait de devoir renoncer à ses charges officielles.

Dans la même lettre, il dit à son librettiste que le monde de l’art se divise en deux catégories : ceux qui ont du talent et ceux qui n’en ont pas. Rien à voir avec la couleur des yeux et des cheveux.

En tout cas, lorsqu’il écrit sa sonatine, c’est plutôt une douce lumière, un peu voilée qui prédomine. La douleur et le désespoir viendront après la destruction partielle de sa ville, Munich, par un bombardement, avec ses bouleversantes « Métamorphoses ». Ici, tout est élégance et émotion « positive », teintées çà et là d’une certaine angoisse. Comme pour dire aux auditeurs : dehors, c’est horriblement moche, venez avec moi, la musique nous sortira de là.

Comme pour la plupart des dernières œuvres du compositeur, la matière orchestrale (ici, il n’y a que des instruments à vent) est épurée, loin des doubles crèmes fouettées habituelles. Lorsque l’œuvre est créée à Dresde, sous la direction de Karl Elmendorff, Strauss vient d’avoir (le 11 juin) quatre-vingts ans. Il pense à Haydn et à Mozart. Notamment dans ce second mouvement « Romance et menuet », fort joli.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »