Instant classique – 18 octobre 1904… 114 années jour pour jour. C’est à la suite d’une grave infection intestinale dont il réchappa in extremis durant l’hiver 1901 que Gustav Mahler entreprit la composition de la cinquième symphonie et celle des terribles Kindertotenlieder, l’esprit plus sombre et plus pessimiste que jamais.

Puis il reprit confiance et sa musique aussi. Le mariage avec Alma, le sentiment de renaissance qui le submergea alors, lui permirent d’achever sa nouvelle symphonie dans un climat plus radieux. Mais Alma critiqua sa partition, ce « concerto pour percussions », si bien que Mahler ne cessera de la modifier.

Ce 18 octobre 1904, la création a lieu à Cologne. Le concert est agité, entre sifflements rageurs et applaudissements nourris, tandis que la critique éreinte le compositeur (« anomalie de l’esprit », ose même le féroce Hirschfeld).

Cette symphonie, la première entièrement instrumentale depuis la Titan, est donc une succession de sentiments contraires. Le premier mouvement est une vaste marche funèbre très fataliste et sans résistance ; le second reste angoissé et mystérieux ; le troisième est un scherzo plein de joie, venu célébrer la nouvelle vie du compositeur. Nouveau contraste, le quatrième mouvement est le célébrissime adagietto, « lied sans parole » aux cordes, recueilli et baigné d’une douce lumière voilée ; avant un dernier mouvement victorieux et optimiste.

Dans l’adagietto, que j’ai choisi ici, Leonard Bernstein voyait, comme beaucoup d’autres, un chant d’amour à Alma et nullement une sorte de ballade mélancolique. C’est sans doute vrai.

Pourtant, voici quelques années, plutôt que la marche funèbre, c’est cet adagietto si sensible et si beau, si proche du lied « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (« J’ai pris congé du monde ») écrit par Gustav Mahler quelques années plus tôt, que j’avais choisi pour accompagner le dernier voyage d’une amie à laquelle je pense aujourd’hui.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »