18 septembre 1960 – Les étranges Dimensions du temps et du silence de Krzysztof Penderecki fêtent leur 61e anniversaire, tout en dissonances contemporaines. Une partition à la dimension expérimentale affirmée. Un vrai travail de précision à ne pas mettre entre toutes les oreilles.

Qu’est-ce donc que la musique contemporaine ? On pourrait d’ailleurs dire « qu’est ce donc que la musique ancienne et baroque ? », puisqu’il existe dans ces deux univers de considérables nuances. Entre un Connesson aujourd’hui, ou un Escaich, un Glass, un Reich, un Adams, un Ades, un Rihm, un Stockhausen, un Messiaen, un Boulez ou un Landowski, sans parler de Henry ou de Schaeffer, précurseurs des musiques « concrètes » et électroniques, il n’y a à peu près rien à voir. Des influences, des idées etc. Mais c’est tout. Et donc, souvent, on peut prendre autant plaisir à écouter nombre de ces compositeurs de la deuxième moitié du XXe siècle qu’à faire crisser une fourchette sur un poêlon.

Parmi les compositeurs les plus marquants de cette période contemporaine, Krzysztof Penderecki est sans doute le plus haut sur l’affiche, du moins dans sa Pologne natale. Certains disent que ce compositeur disparu récemment était même le plus grand compositeur polonais depuis Chopin… C’est faire bien peu de cas de Moniuszko, Karlowicz ou encore Szymanowski et je n’irai donc pas jusque là.

Mais Penderecki illustre à lui seul la complexité de cette période. Il est passé par divers styles avant de revenir à des choix plus classiques et disons-le plus audibles. Mais dans sa jeunesse, il était parmi les précurseurs de cette musique expérimentale qui nous a tant fait rire dans Les tontons flingueurs puisqu’Antoine Delafoy alias Claude Rich en est, avec ses balles de ping-pong projetées sur des cymbales ou son système de tuyauterie sifflante, une belle caricature. Les instruments de ménage dont parle « l’homme-singe » Fernand Naudin alias Lino Ventura à leur propos reviennent immédiatement en tête à l’écoute de ces Dimensions du temps et du silence composées par Penderecki en 1959 et créées voici soixante-et-un ans aujourd’hui.

Le compositeur a alors vingt-sept ans. Il écrit cette partition (qui doit être bizarre à lire) pour le Festival d’Automne de Varsovie. Il explique dans le programme avoir voulu traduire en musique les toiles de Klee et de Klein. Ça fait donc Kling et Klang… Des éléments choraux déstructurés (ils parlent latin, figurez vous. Eh oui !) sont ajoutés à une instrumentation très particulière et plutôt percussive. Penderecki ne sera pas satisfait de son œuvre et la reprendre dès l’année suivante. Sans en changer le côté expérimental, bien sûr.

En 1960, c’est le chœur et la formation de chambre de l’orchestre philharmonique de Cracovie qui crée l’œuvre. Un vrai travail de précision à ne pas mettre entre toutes les oreilles. Mais je vous ai prévenus : il faut de tout pour faire un monde !

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »