19 juillet 1791… 230 ans jour pour jour – Petit bijou de Luigi Cherubini, Lodoïska connaît un succès phénoménal lors de sa création, autant à Paris qu’à Vienne. Il se murmure que cet opéra pourrait avoir influencé Beethoven dans la composition du célèbre Fidelio

Lodoïska, c’est Louise en polonais. Elle est l’une des principales héroïnes d’un roman en trois parties qui connaît à la fin des années 1780 un succès phénoménal. Jean-Baptiste Louvet de Couvray en est le jeune auteur et il publie en 1787 : Une année de la vie du chevalier de Faublas. Premier épisode du grand roman bien oublié aujourd’hui, Les amours du chevalier de Faublas, il est suivi en 1788 de Six semaines de la vie du chevalier de Faublas, puis en 1790 de La fin des amours du chevalier de Faublas. Au moins, le plan était simple.

L’engouement créé par ces parutions déchaîne l’imagination des théâtres et des librettistes pour des opéras et des ballets. Entre 1791 et le premier tiers du siècle suivant, pas moins de huit opéras et trois ballets auront l’œuvre de Louvet de Couvray pour thème.

Dès le départ, deux compositeurs très en vue à Paris font une course l’un contre l’autre. En effet, le théâtre Feydeau commande une première Lodoïska à son compositeur en résidence, le Florentin Luigi Cherubini, solidement installé à Paris depuis 1787. Dans le même temps, la salle Favart en demande une autre au Viennois Conradin Kreutzer, qui n’a rien à voir avec la sonate. C’est Claude-François Fillette-Loreaux qui adapte le roman pour le premier face à Jean-Elie Bédéno-Dejaure ; et c’est la partition de Cherubini qui est créée la première, quelques jours avant celle de Kreutzer, voici tout juste deux cent trente ans. Malgré une interprétation jugée sommaire par la critique, l’œuvre de l’Italien écrase par son succès celle de son concurrent. La musique, qui fait penser à Mozart et à Gluck, en est jugée très supérieure à celle de son concurrent direct.

La coutume veut que cette Lodoïska, second opéra écrit pour un théâtre français par Cherubini, constitue le premier grand exemple d’un opéra « à sauvetage ». Il s’agit d’œuvres qui ont pour caractéristique commune de connaître un happy end de dernière minute grâce à un coup de théâtre qui vient sauver les gentils héros d’une fâcheuse situation. C’est le cas de Lodoïska et de son cher Floreski face au vilain Dourlinski qui aimerait bien garder la jeune femme pour lui.

On dit qu’à Vienne, où la Lodoïska de Cherubini est donnée avec le même succès dès 1802, un certain compositeur déjà fameux et très bougon, qui souffre d’acouphènes de plus en plus envahissants mais qui n’est pas encore tout à fait sourd, assiste aux représentations et s’en souviendra. Quelques années et bien des essais plus tard, Fidelio constituera le plus grand chef-d’œuvre dans le genre pièce à sauvetage. Mais c’est là une autre histoire, qui doit cependant beaucoup à ce petit bijou de Luigi Cherubini.

Cédric MANUEL



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