Instant classique – 19 mars 1939… 81 ans jour pour jour. Joseph Guy Ropartz fait partie de la liste – trop longue – des compositeurs français un peu oubliés ou en tout cas trop méconnus. Ce Breton de Guingamp né en 1864 (il mourra à Lanloup, dans son château, 91 ans plus tard) était destiné à des études de droit par ses parents (son père était avocat).

Mais l’appel de la musique est trop fort et il entre au Conservatoire de Paris. Il y suivra les cours de César Franck et de Jules Massenet, on pouvait tomber plus mal. Doué, il devient l’ami de nombreux grands musiciens de l’époque : d’Indy, Magnard (dont il reconstituera de tête le chef-d’œuvre, Guercoeur, après sa mort tragique), Fauré, Dukas, Chausson etc. Il prendra la tête du Conservatoire de Nancy où il restera vingt-cinq ans, jusqu’en 1919, date à laquelle il est nommé à Strasbourg pour dix ans.

Son magnifique Requiem était d’ailleurs destiné à célébrer les vingt ans de l’armistice de 1918 à Strasbourg. Mais la création n’aura lieu que voici quatre-vingt-un ans aujourd’hui aux Concerts populaires… d’Angers. Ne me demandez pas pourquoi ! Ce Requiem est bien sûr à rapprocher de celui de Fauré, bien plus que ceux de Verdi ou Berlioz. Il partage avec celui de son ami et confrère la douceur sereine. Pas de “Dies Irae” sous le fracas du tonnerre, pas de “Lacrymosa” éploré. Tout ici est sérénité et émotion pure.

Au contraire de Fauré, qui ne croyait guère en Dieu et qui avait tissé un linceul doux et bienveillant pour faire passer la pilule amère de la mort et le passage vers le néant, Ropartz, lui, est croyant, profondément. Sa musique est une sorte d’accompagnement céleste, une lumière rassurante et paisible, sur une musique particulièrement noble, qui recueille un grand succès. Elle est décrite comme « une poésie grave », ce qui lui convient ma foi fort bien. Très peu de tutti, beaucoup de ferveur, avec un finale presque radieux, cette partition très mystique, sans artifices et sans effets, impressionne.

L’œuvre étant fort rare, je vous la propose dans son entier, même si elle dure un peu plus de trente-cinq minutes.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »