Instant classique – 1er juillet 1927… 93 ans jour pour jour. Béla Bartók réalise son premier concerto pour piano relativement tard dans sa carrière. Il a en effet quarante-cinq ans et il veut, dit-il, s’inspirer des musiques d’avant Bach.

Certains ont considéré que cette œuvre était plutôt un retour à Bach, par ce qu’elle refuse de concession au romantisme voire au post-romantisme. Comme toujours, c’est un peu plus compliqué. Il n’y a en effet rien de ce qui caractérise habituellement le grand concerto romantique et on trouve plusieurs signes qui renvoient plutôt ce concerto à ce qui serait du néo-classicisme à la manière d’un Stravinsky – mais en très différent. La forme, d’abord, tout à fait classique en trois mouvements vif-lent-vif, mais surtout la science du contrepoint ou une certaine rigueur rythmique, avec en prime une sorte de refus de la mélodie…

Il n’empêche que le pianiste ne passe pas un moment extrêmement facile dans cette œuvre. Il s’agit d’ailleurs parfois davantage d’une symphonie avec piano qu’un véritable concerto. C’est une partition très surprenante, tout à fait accessible car Béla Bartók n’a pas cherché à s’aventurer dans une contemporanéité provocatrice, mais difficile. Le second mouvement, par exemple, est très déroutant, très moderniste, avec quelque chose du jazz le plus expérimental

C’est le compositeur lui-même qui crée ce concerto, à Francfort, voici quatre-vingt-quatorze ans, avec à la baguette rien moins que Wilhelm Furtwängler, dont on imagine les grands bras dégingandés accompagner tout son monde. Ici, le duo est également de très haute volée : Geza Anda au piano et Ferenc Fricsay à la direction. C’est à Berlin en 1960 et on a l’impression d’y être.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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