Instant classique – 1er octobre 1768… 252 ans jour pour jour. Wolfgang Amadeus Mozart a douze ans lorsqu’il crée pour la première fois un singspiel, Bastien und Bastienne, petite bluette qui ne nécessite ni grosses machines, ni gros moyens.

C’est semble-t-il après avoir assisté à une représentation parodique écrite par Favart du Devin du village de Rousseau à Paris en 1764, que l’idée de composer une petite œuvre lyrique sur ce sujet vient aux Mozart père et fils. L’occasion leur en est donnée par le docteur Anton Mesmer, pilier fortuné de l’université de Vienne qui allait bientôt tomber de son piédestal pour des raisons plus scientifiques, après avoir effectué des recherches vite contestées sur le magnétisme animal. Mesmer souhaite un spectacle pour son petit théâtre de verdure, à Vienne et propose l’idée à Wolfgang Amadeus Mozart.

Le texte de Favart est traduit en allemand par Weiskern et on y ajoute quelques petits numéros (sans doute Johann Andreas Schachtner) exprès pour Mozart.  C’est la première fois que ce dernier (huit ans à peine lorsqu’il entend la parodie, et douze ans lorsqu’il compose sa partition) se lance dans le genre du Singspiel, petite bluette qui ne nécessite ni grosses machines, ni gros moyens. Bastien und Bastienne est écrit en même temps, peu ou prou, que l’opera-buffa La Finta semplice. Si bien qu’on ne sait plus lequel des deux est achevé en premier, et d’ailleurs peu importe.

Bastien et Bastienne, c’est l’histoire de deux jeunes tourtereaux qui s’aiment avec insouciance. Mais Bastien a des fourmis dans les jambes (notamment) et se laisse quelque peu charmer par la châtelaine locale. Bastienne se sent délaissée, mais le bon Colas, le devin du village, l’assure de l’amour sincère de Bastien. Elle va donc feindre l’indifférence tandis que Colas fait croire à Bastien que sa fiancée va l’abandonner. Désespéré, le jeune homme voudrait que la magie de Colas l’aide à la reconquérir. Les deux amants se disputent, menacent de se jeter dans les bras des premier(e)s venu(e)s, puis se réconcilient dans l’allégresse. De là à dire que ce prodige est directement dû aux talents de magicien de Colas, il n’y a qu’un pas.

Au soir du 1eroctobre 1768, dans le petit théâtre de verdure, la première restera très privée et on n’entendra plus guère parler de cette partition jusqu’à sa création publique à Berlin, non pas le 1er, mais le 2 octobre 1890.

Il y a quelques années, l’opéra de Rouen confiait à Claude Buchvald une relecture de cette petite œuvre, avec chanteurs, danseurs, acteurs. Le terzetto final, un peu augmenté, est ici interprété par Martin Winckler en Colas, Elizabeth  Calleo en Bastienne et Michael Slattery en Bastien, sous la baguette de Laurence Equilbey.

Cédric MANUEL

 Image de Une – La Courtisane amoureuse (École de Jean-Baptiste Pater, vers 1730-1740)



Un jour… une œuvre musicale !
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