Instant classique – 2 mars 1887… 133 ans jour pour jour. On le sait, l’Italie a inspiré d’innombrables artistes, compositeurs en tête. À vingt-deux ans, Richard Strauss est lui aussi allé dans la péninsule pour un bref séjour dont il a rapporté l’inspiration de ce qui reste son premier poème symphonique, « Aus Italien » (« D’Italie »), divisé d’ailleurs en quatre mouvements comme une symphonie classique.

Inspiration, cependant, c’est beaucoup dire. On entend bien l’influence de Liszt et même celle de Berlioz, mais l’influence ne fait pas tout. Et d’ailleurs, déjà, le jeune Strauss a une furieuse envie d’ajouter beaucoup de double crème un peu partout. Pour autant, Strauss dira que cette œuvre (et la Burlesque pour piano et orchestre, réalisée à peu près au même moment) a marqué la fin de son « bel apprentissage ».

Il ne peut pas s’empêcher de parler un peu de lui aussi et donc d’illustrer en musique ses propres impressions, en alternant les mouvements lents et vifs (voire bruyants). Ainsi, le premier mouvement (« Dans la campagne ») est – de façon peu orthodoxe – un andante qui évoque le Latium dans un coucher de soleil au milieu de la campagne, tableau très pastoral et plein de mystère.

Puis notre jeune compositeur se promène dans les ruines du Forum romain (« Dans les ruines de Rome »). Un forum très ambivalent au point que Strauss baptise ce mouvement peu inspiré et assez bruyant « Images fantastiques d’une splendeur disparue ; sentiments de tristesse et de douleur au milieu d’un présent ensoleillé ».

Puis Strauss descend vers le sud et comme tant d’autres, se pose à Sorrente. Dans un andantino très réussi – celui-là -, il nous dépeint « Sur la plage de Sorrente », la mer inondée de soleil et de quiétude retrouvée (du moins cela devait être le cas à l’époque), avec l’utilisation du « la » pour illustrer le bleu des flots. Très jolie pièce que j’ai choisie ici pour ses couleurs quasi impressionnistes qui ont d’ailleurs beaucoup intéressé Debussy (les deux mouvements lents sont d’ailleurs les plus réussis).

Et puis patatras, Strauss s’arrête à Naples. Ville idéale pour déchaîner son amour des boum-boum et des rythmes effrénés, en particulier de la tarentelle caractéristique des lieux et si souvent rabâchée par à peu près tous les compositeurs passés par l’Italie. Cliché pour cliché, Strauss utilise la plus connue de toute, la célèbre « Funiculi-funicula », qu’il noie dans un tourbillon très cuivré et très cymbalé. Lors de la création en 1887, voici tout juste 133 ans, sous la direction de l’auteur (dont je rappelle qu’il était par ailleurs un très grand chef d’orchestre), le public de l’Odeonsaal de Munich n’a guère été convaincu par le caractère irrésolu et clinquant de ce dernier mouvement puisqu’après avoir bien accueilli les trois autres, il s’est mis à siffler celui-là.

Puisque j’ai choisi la plage de Sorrente pour vous apporter un peu de lumière et de soleil, qui de mieux que le Napolitano-Pugliese Riccardo Muti ? Ici avec le philharmonique de Berlin, ce qui permet de boucler cette boucle italo-allemande.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »