Instant classique – 2 septembre 1873… 147 ans jour pour jour : création du Gascon, une pièce de théâtre mise en musique par Jacques Offenbach qui n’a pas fait que des opérettes. L’histoire est confuse et la musique, guère inoubliable, malgré son grand succès à l’époque, notamment sa chanson béarnaise qui devient très vite populaire.

Un an après le bicentenaire de la naissance du « Petit Mozart des Champs-Élysées », on n’a pas fini de faire connaissance avec des œuvres oubliées de l’ami Jacques Offenbach. Il y en a d’ailleurs beaucoup, et parfois, comme ce 2 septembre, des très inattendues.

Car voici qu’en 1873, Offenbach présente dans son théâtre de la Gaîté et à grands frais, un drame en cinq actes et neuf tableaux dignes de ceux de son ami Gounod. Le compositeur prend alors quelques risques, car il s’agit de l’œuvre qu’il a choisie pour rouvrir la Gaîté, refait à neuf à peine quelques jours auparavant.

Cette œuvre, c’est Le Gascon, et ce n’est pas un opéra, mais une pièce de théâtre de Théodore Barrière et Louis Davyl. Barrière est loin d’être un inconnu sur les scènes théâtrales parisiennes : il a collaboré avec Murger pour la fameuse Vie de Bohème, vingt-cinq ans auparavant. Avec Le Gascon, Offenbach revient à la musique de scène. Il n’aurait pu mal tomber : Barrière et Davyl, un journaliste, ne s’entendent pas et leur argument lorgne allègrement sur les grandes fresque de Dumas père en multipliant les grosses ficelles.

En somme, cela raconte l’histoire d’Artaban de Puycerdac, chevalier gascon désargenté, qui s’éprend d’une dame d’honneur de Marie Stuart, qui est alors la future reine de France. Il a évidemment un vilain rival, anglais de surcroît, lord Maxwell, déjà fiancé à la jolie dame d’honneur (qui s’appelle Stella). Tout ce petit monde suit Marie Stuart à son arrivée en Écosse une fois son éphémère mari François II enterré. Notre Artaban protège la passion secrète et réciproque de la reine pour le comte de Châtelard, gentilhomme français, mais va se faire poignarder par le méchant Maxwell en pleine tempête de neige. Artaban, dans un ultime sursaut comme le théâtre et surtout l’opéra en ont le secret, se traîne jusqu’à la reine et Châtelard pour empêcher qu’ils soient compromis et meurt dans les bras de Marie Stuart en disant : « Fais moi prince ! Et qu’on le sache en Gascogne ! »

On comprend confusément pourquoi cette pièce n’est pas arrivée jusqu’à nous. Et hélas, la musique non plus… Car malgré le vif succès remporté par la première, notamment parce qu’Offenbach n’a pas regardé à la dépense et parce qu’on manie allègrement la cape et l’épée ce qui plaît toujours au public, l’œuvre et sa musique de scène ne passeront guère à la postérité.

Or, le soir de la première, un air est pourtant bissé : c’est la fameuse « chanson béarnaise », ballade très simple et assez mélancolique que le héros chante avec une bohémienne au second acte, qui sera très vite populaire et dont voici les paroles. On y voit que la chanson béarnaise se passe en fait sur la Dordogne (les auteurs n’étaient peut-être pas calés en géographie) :

« Non loin du pays de Gascogne.
Mon père avait un vieux château,
Fièrement se doublant dans l’eau,
Dans l’eau verte de la Dordogne.
Un soir d’été j’ai pris mon vol,
Et j’ai fui la sombre tourelle.
Mon aïeul était rossignol,
Ma grand’mêre était hirondelle.
Faisant courir mes doigts agiles,
Guitare en main, plume au chapeau,
D’aplomb campé sous mon manteau,
Je traverse les hautes villes ;
Et ma chanson, prenant son vol,
Grimpe au balcon de quelque belle.
Mon aïeul était rossignol,
Ma grand’mère était hirondelle.
J’ai su d’une vieille sorcière,
Dont l’œil interrogeait ma main,
Qu’un jour, à l’angle d’un chemin,
Je mourrais d’un coup de rapière.
Ce jour-là, reprenant mon vol,
Je regagnerai ma tourelle.
Mon aïeul était rossignol,
Ma grand’mère était hirondelle. »

En voici un très joli arrangement pour violoncelle et piano, c’est toute la trace que j’ai pu trouver de cette musique de scène. On y reconnaît cependant d’emblée le style offenbachien !

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »