Instant classique – 20 décembre 1879… 140 ans jour pour jour. Au commencement, Tchaïkovsky voulait composer un nouveau scherzo pour orchestre. C’est en tout cas ce qu’il écrit à son amie Mme von Meck durant l’été 1878.

Puis, fin août, Piotr Ilitch Tchaïkovsky se ravise : « J’ai noté sur papier les esquisses d’un scherzo pour orchestre. À peine l’avais-je fait que j’ai senti germer dans ma tête toute une série de pièces orchestrales, qui devaient constituer une suite à la manière de celles de Lachner. » Cela finira en cinq parties : introduction et fugue, scherzo, andante, intermezzo et rondo.

Mais au printemps suivant, il modifie ce qui deviendra sa première suite pour orchestre. Il garde l’introduction et fugue en I, suivi d’un divertimento, puis une marche particulièrement originale, et qui sera bissée le jour de la création (idéale pour les enfants !), alors qu’elle n’était d’abord qu’un supplément.

En novembre 1879, Tchaïkovsky écrit à son frère Modest et lui annonce le nouvel agencement de la suite (vous suivez toujours ?) :
1. Introduction et fugue,
2. Scherzo,
3. Andante melancolico,
4. Marche des Lilliputiens,
5. Danse des géants.

Juste avant la création, que croyez vous qu’il arrive : changement de programme ! Le scherzo passe à la cinquième place, la marche des Lilliputiens devient la marche « miniature » et la danse des géants se transforme en Gavotte… le tout en six parties.

La création à Moscou, il y a tout juste cent quarante ans, sous la direction de Nikolaï Rubinstein, est un triomphe public mémorable.

Mais en douce, le chef d’orchestre critique l’instrumentation de certaines parties et c’est un confrère de Tchaïkovsky, Taneiev, qui écrit ses quatre vérités à notre héros du jour dans une lettre très fouillée qui démontre que certaines parties de vents sont impossibles à jouer pour les musiciens. Tchaïkovsky lui répond sèchement qu’étant flûtiste lui-même, il sait parfaitement quand on peut respirer ou pas et tout le monde en reste là. C’est peut-être la nouveauté de ces pièces un peu hétéroclites qui avait indisposé Rubinstein et Taneiev, qui sait ?

C’est cependant la pièce la plus typiquement tchaïkovskienne de cette suite que j’ai choisie pour vous. Une merveille mélodique, une douce caresse dont le style ne laisse aucun doute sur l’identité de son auteur. Laissez-vous donc aller !

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »