Instant classique – 20 janvier 1944… 77 ans jour pour jour. Alors qu’il a fui l’Allemagne nazie et gagné les États-Unis, Paul Hindemith compose une partition qui reste parmi les plus abordables et les plus étincelantes de sa production : les Métamorphoses, inspirées de Weber. Toute la science de l’orchestre y est exprimée, on ne voit pas le temps passer !

On le sait, Paul Hindemith a fui l’Allemagne assez vite après l’arrivée au pouvoir des nazis (qui le classaient parmi les compositeurs de musique « dégénérée »). Après un séjour dans la Suisse voisine, il part pour les États-Unis, où il est professeur à Yale pendant treize ans, avant d’obtenir la nationalité américaine.

C’est donc là-bas qu’il compose en 1943 cette partition qui reste parmi les plus abordables et les plus étincelantes de sa production. Ces Métamorphoses empruntent à la fois aux variations mais sur plusieurs thèmes et à la symphonie, dont elle épouse la forme classique sans trop le dire. Hindemith emprunte donc des thèmes à Carl Maria von Weber : un tiré des huit pièces pour piano à quatre mains de ce dernier, un tiré de l’ouverture chinoise, un autre des six autres pièces pour piano à quatre mains et une marche inspirée elle aussi des huit premières pièces.

Comme souvent, Hindemith convoque un orchestre fourni, avec de nombreuses percussions et il dessine ainsi quatre « mouvements » : un allegro très brillant, suivi d’un scherzo, d’un andantino, puis la fameuse marche que j’évoquais. Hindemith y exprime toute sa science de l’orchestre et on ne voit pas les vingt minutes passer ! La partition est créée voici soixante-dix-sept ans tout juste à New York, sous la direction d’Arthur Rodzinsky.

Pour vous faire découvrir une œuvre aussi exubérante, qui d’autre que l’extraverti Bernstein ? Le voici ici dans un son parfait avec l’orchestre philharmonique d’Israël.

Difficile en écoutant cette musique de penser que le même jour, à des milliers de kilomètres, l’aviation britannique précipitait 2300 tonnes de bombes sur Berlin. La guerre n’avait pas dit son dernier mort.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »