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20 novembre 1911 : l’Adieu de Mahler

20 novembre 1911 : l’Adieu de Mahler
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Instant classique – 20 novembre 1911… 108 ans jour pour jour. Le contrecoup n’est pas venu tout de suite. À l’été 1907, Mahler est en ruines. Il a perdu sa fille, sa Putzi, cinq ans à peine.

Le jour même des obsèques de la fillette, le médecin diagnostique à Gustav Mahler, qui lui a fait écouter son cœur presque pour se distraire, une grave insuffisance qui le condamne à brève échéance. Et à peu près au même moment, il doit quitter l’opéra de Vienne qu’il dirigeait depuis dix ans.

C’est au milieu de ce paysage personnel dévasté que son ami Theobald Pollack lui fait lire un recueil de poésies chinoises traduit en allemand par l’Autrichien Hans Bethge. C’est après tout ça que le contrecoup arrive, lorsqu’il s’aperçoit du vide, lorsqu’il comprend qu’il ne pourra plus jamais exercer ses sports favoris ni même effectuer ses longues et éreintantes marches. Alors il se remet à composer.

Il met en musique ce fameux recueil de poésies chinoises dans un long lied. Ce Lied von der Erde, le Chant de la terre, il l’achève en quelques semaines, disant avoir « retrouvé le chemin de lui-même« . Les poèmes proviennent de plusieurs poètes chinois, mais c’est l’un de ceux signés Wang-Wei (VIIIe siècle) qui va le bouleverser et qu’il garde pour le finale de son lied. À lui seul, il est plus long que les cinq autres mouvements-poèmes.

Ce dernier poème, c’est un poème d’adieu, l’Abschied. Un poème qui est l’expression de la soif de repos d’un cœur fatigué. Mélange de douleur et de contemplation de la terre et de cette nature que Mahler vénère. Une promesse d’éternité ? Mahler garde la partition pour lui et ne la montre qu’à son disciple le plus fidèle, le chef d’orchestre Bruno Walter. Il semble qu’il n’avait pas l’intention de la créer. C’est Bruno Walter qui en dirigera donc la première audition à Munich ce 20 novembre 1911. Mahler avait dit adieu au monde six mois plus tôt.

En voici une version extraordinaire, sous la direction d’Otto Klemperer, et avec Christa Ludwig, incomparable.

« Descendu de cheval, il lui a tendu le breuvage
De l’adieu. Il lui a demandé où il allait
Et aussi pourquoi cela devait être.
Il a parlé, sa voix était voilée :
Ô mon ami,
Dans ce monde, la chance ne m’a pas souri !
Où je vais ? Je vais, je parcours les montagnes
Je cherche le repos pour mon coeur solitaire.
Je marche vers mon pays, vers ma demeure.
Jamais plus je n’errerai au loin.
Mon cœur est paisible et il attend son heure !
Partout la terre bien aimée refleurit au printemps
Et reverdit ! Partout et toujours des lueurs bleuâtres à l’horizon
Toujours… Toujours… Toujours… »

Voici les derniers mots de l’Adieu.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



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