22 avril 1849… 172 ans jour pour jour – Louise Farrenc est une figure incontournable de la musique au XIXe siècle. Las ! Acclamée sa vie durant, soutenue par les plus grands interprètes, elle est oubliée sitôt après sa mort, comme les femmes compositrices de son temps. Mais écoutez sa troisième symphonie… Le Ménestrel et Théophile Gautier ne s’y sont pas trompés : elle vaut le coup d’oreille !

Au XIXe siècle (ne parlons même pas d’avant… et à peine d’après !), une femme peut parfaitement faire de la musique. Elle peut même composer si ça lui chante. À condition, généralement, qu’elle garde cette « lubie » pour elle. Pas question de publier les œuvres d’une femme et encore moins de jouer ses œuvres en public. On sait par exemple que Mendelssohn, qui adorait pourtant sa sœur Fanny, elle-même excellente compositrice, lui a toujours interdit de publier ses œuvres, car ce n’était pas là la place d’une femme. Clara Schumann a dû remiser ses talents de créatrice pour laisser la place à son Robert de mari. Les exemples de cette nature sont légion.

Parmi les pionnières qui ont pu défendre leurs œuvres, Louise Farrenc est une figure incontournable. Née Louise Dumont en 1804, cette fille de sculpteur montre très tôt de vives capacités musicales et a la chance de bénéficier de l’enseignement de cadors à l’époque : Anne Soria, elle-même élève de Clementi, Moscheles, Hummel au piano, et Anton Reicha pour la composition. Avec un tel bagage, elle ne pouvait qu’aller loin.

Sa chance de ne pas subir la même condamnation à la relégation artistique, elle la trouvera chez un mari à rebours des préjugés de l’époque. Aristide Farrenc, lui-même musicien, prend conscience des dons de son épouse. Il devient son agent et crée leur propre maison d’édition. Pionnière, Louise l’est aussi en entrant comme professeur de piano au Conservatoire de Paris en 1842. Elle y reste trente ans et obtient un salaire identique à celui de ses collègues masculins. Qu’on se le dise !

Et pourtant, elle qui est acclamée sa vie durant, soutenue par les plus grands interprètes, est oubliée sitôt après sa mort, subissant la même injustice que d’autres de ses consœurs comme Marie Jaëll ou Emilie Mayer.

Évidemment, le grand succès de Louise Farrenc vient aussi de son talent, que d’aucuns comparent alors à celui de Mendelssohn. Sa troisième symphonie, jugée la plus réussie, est créée voici cent soixante-douze ans au Conservatoire, sous la direction de Narcisse Girard. Elle rencontre un vif succès public et critique. Le Ménestrel écrit : « Le thème de l’adagio et le scherzo sont les parties les plus saillantes de cet ouvrage qui achève de placer Mme Farrenc au rang de nos premiers compositeurs. » Théophile Gautier dit lui aussi son admiration pour cette œuvre parfois si originale et, précisément, mendelssohnienne.

Un exemple ? Voici le scherzo de cette troisième symphonie. Mais les trois autres mouvements valent vraiment le coup d’oreille, et pas seulement le 8 mars !

Cédric MANUEL

 



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Rubrique : éphéméride