Instant classique – 22 juin 1815… 204 ans jour pour jour. Le 22 juin 1815 (pile), Franz Schubert achève la partition d’un nouveau lied, qui est le premier fondé sur un texte attribué au barde irlandais Ossian, mais qui est en fait l’œuvre du poète James McPherson.

On n’entrera pas dans la controverse qui entoure l’authenticité des poèmes attribués à cet Ossian, mais il se trouve que les courants du “sturm und drang” puis romantique en ont largement fait leur miel, soit directement, soit par référence (voyez Werther, qui ne veut pas que le souffle du printemps le réveille). La popularité du barde et des œuvres qui lui étaient attribuées restait très forte au début du XIXe siècle.

Napoléon lui-même disait l’apprécier particulièrement. Par un curieux hasard, c’est quatre jours après Waterloo dont il n’avait alors sans doute aucune idée que Schubert adapte pour la première fois un texte attribué à Ossian (et donc de McPherson en vrai). Il en fera huit au total.

Le premier est tiré des Chants de Selma, traduit et adapté par son ami Hummelauer, et s’intitule Colmas klage, la plainte de Colma. Elle annonce de façon troublante le style du formidable Roi des aulnes et nous parle de mort, de nostalgie et de solitude thèmes si schubertiens.

Voici ce que chante l’admirable voix de Gundula Janowitz :

Autour de moi la nuit, j’erre seule,
Perdue sur la colline des tempêtes ;
La tempête rugit depuis la montagne,
Le torrent descend du rocher,
Aucun toit ne me protège de la pluie,
Perdue sur la colline des tempêtes,
J’erre seule.
Montre-toi, ô lune,
Passe à travers les nuages ;
Montrez-vous, étoiles de la nuit,
Éclairez aimablement pour moi
L’endroit où mon bien-aimé se repose.
Avec lui je fuirai mon père,
Avec lui je fuirai mon frère arrogant,
Montre-toi, ô lune.

Tempête, tais-toi,
Oh, tais-toi, torrent,
Que j’entende mon voyageur aimé,
Salgar ! c’est moi, qui crie.
Ici est l’arbre, ici est le rocher,
Pourquoi t’attardes-tu plus longtemps ?
Comment entendrai-je le cri de sa voix ?
Tempête, tais-toi.

Mais, regarde, la lune apparaît,
Et éclaire le sommet de la colline,
Le torrent dans la vallée brille,
Dans la lumière de la lune la lande ondule.
Je ne le vois pas dans la vallée,
Ni sur la colline éclairée,
Aucun bruit ne l’annonce,
Je chemine seule ici.

Mais qui sont ceux-là là-bas,
Étendus sur la lande desséchée ?
C’est mon bien-aimé, lui !
Et près de lui mon frère !
Ah, tous les deux dans leur sang,
Les épées sauvages sorties !
Pourquoi l’as-tu tué ?
Et toi, Salgar, pourquoi ?

Fantômes de mes morts,
Parlez depuis la colline aux rochers,
Depuis le sommet de la montagne,
Vous ne me m’effraierez jamais !
Où êtes-vous allés vous reposer,

Ah, dans quelle caverne
Dois-je maintenant vous trouver ?
On n’entend aucun souffle.

Ici dans mon chagrin profond
Je pleure jusqu’au matin,
Construisez la tombe, amis,
Ne la fermez pas sans moi.
Comment vais-je séjourner ici ?
Au bord du ruisseau de la montagne
Avec mes chers amis
Je reposerai toujours.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »