Instant classique – 22 mai 1813… 207 ans jour pour jour. Impressionnée par le succès du tout nouveau Tancredi du jeune Rossini (vingt-et-un ans tout juste) à la Fenice, la direction du théâtre concurrent San Benedetto de Venise voit dans le compositeur une bonne occasion de rebondir.

Elle veut donc remplacer un opéra de Carlo Coccia par une œuvre comique du prodige. Sauf que nous sommes à la mi-avril 1813 et que la première de ce nouvel opéra est attendue… pour le 22 mai. Tête brûlée qui en a déjà vu d’autres, Gioachino Rossini se met au travail. Pour l’y aider, on recycle à peu près totalement le livret d’Angelo Anelli, qui l’avait écrit pour Luigi Mosca, dont l’opéra – au titre identique : L’Italiana in Algeri – avait été créé à Milan quelques années auparavant.

Rossini tricote donc une partition complète en trois petites semaines. Devant un tel exploit, les railleurs l’accusent d’avoir allègrement pillé non seulement le livret utilisé par Mosca, mais encore sa musique. Une rapide écoute sur cette dernière, qu’on trouve sur le net, montre que le procès à Rossini est quelque peu abusif, même s’il est troublant d’entendre une autre musique sur des mots strictement identiques !

L’écoute du finale du premier acte, délire jouissif chez Rossini et habile construction de facture assez classique chez Mosca, suffit à souligner les différences. Quoi qu’il en soit, la création du chef-d’œuvre de Rossini est un triomphe, grâce à cette énergie communicative et aussi à une distribution aux petits oignons. 

L’Italiana in Algeri est une œuvre propice à toutes sortes de délires de mise en scène, parfois avec tout le mauvais goût possible. Celle de Jean-Pierre Ponnelle pour le Met il y a trente ans n’évite pas les balourdises mais reste un classique efficace, un « délicieux écœurement » a-t-on pu lire par ci par là. Et puis, on y entend l’une des très grandes Isabella de l’histoire de l’œuvre, Marilyn Horne, en pleine forme.

Pour changer de l’explosion burlesque de la fin du premier acte, voici le finale de l’opéra lui-même, avec notre Pappataci Mustafà, « Mangia-è-taci » (« Mange et tais-toi »), définitivement berné par « la bella italiana ». Buon appetito !

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »