Instant classique – 22 novembre 1855… 164 ans jour pour jour. Le Croate Franz von Suppé n’est pas connu pour ses œuvres « sérieuses », mais plutôt pour ses nombreuses opérettes viennoises, comme Cavalerie légère ou La belle Galathée.

Comme on peut l’imaginer, il souhaite laisser une trace dans un répertoire moins marqué et, à la mort de son ami et protecteur Franz Pokorny en 1850, alors qu’il a lui-même trente-et-un ans, il décide de composer un Requiem à sa mémoire. Il ne l’achèvera qu’au bout de cinq ans avant de le créer ce 22 novembre 1855 à l’église des Piaristes à Vienne.

L’œuvre est bien accueillie par le public mais éreintée par la critique. Non, décidément, ce Suppé n’est pas un compositeur « sérieux ». Qu’il reste donc à ses mièvreries sucrées et laisse les choses sérieuses à d’autres. Avec le même reproche qu’on avait pu faire à Rossini pour son Stabat Mater, et de la même façon qu’on attaquera Verdi sur son Requiem, Suppé est accusé de faire un requiem d’opérette. Si bien qu’après ses dernières rares exécutions au début du XXe siècle, on a cru la partition perdue. On ne l’a retrouvée qu’assez récemment dans une librairie viennoise.

Certes, cette œuvre n’atteint pas le niveau du Requiem de Verdi, sans parler de celui de Mozart ou du Stabat Mater de Rossini, mais force est de constater que le jugement des critiques était injuste. C’est une partition très fidèle à la liturgie catholique classique, souvent très recueillie et non spectaculaire, pas toujours très exaltante mais souvent inventive.

En voici le début, très doux, avec un chœur féminin étrange comme sorti d’outre-tombe.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »