23 juin 1918… 103 années jour pour jour. Catégorisé comme compositeur boursouflé et ringard, Max Reger est tombé dans l’oubli. Certes, son écriture est parfois éprouvante, mais son Hymne à l’amour, par exemple, ne mérite pas qu’on supprime tout son œuvre.

On a tellement pris l’habitude de cantonner Max Reger (1873-1916) dans la catégorie infamante des compositeurs boursouflés et ringards qu’on finit par oublier jusqu’ à son nom. Il est pourtant un élément très important de la musique germanique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Amoureux de Bach et des orchestrations massives, il fut aussi un pédagogue apprécié, tout comme sa musique, prisée même par Schönberg, alors que Reger ne renoncera jamais à la tonalité.

À l’été 1914, il réchappe d’une crise cardiaque. Il a à peine plus de quarante ans et ce choc lui inspire au mois d’août suivant ce qu’il va appeler « Hymne à l’amour » (Hymnus der Liebe), sur un poème de Ludwig Jakobowski, texte un peu extatique sur lequel je ne reviendrai pas. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un chant pour l’être aimé, mais une supplique à Dieu lui-même. Il lui demande de l’aimer assez pour l’aider à combattre les esprits de la Nuit, à les éliminer et ainsi à vivre heureux.

La partition est pour baryton (ou contralto) et orchestre et dure un petit quart d’heure. Elle est assez typique du style de Reger, très riche sur le plan de l’accompagnement orchestral, richesse qui peut paraître indigeste à beaucoup, un peu comme Richard Strauss, le génie en moins. L’œuvre est dédiée à Fritz et Gretel Stein (Fritz Stein est un chef d’orchestre et un théologien). Malheureusement, le fervent Reger ne sera pas vraiment entendu par l’Éternel car, moins de deux ans plus tard, une nouvelle crise cardiaque l’emporte pour de bon alors qu’il se trouve dans un hôtel à Leipzig, où il enseignait en alternance avec Iéna.

Cet hymne est donc créé de façon posthume à Iéna, justement, voici cent cinq ans aujourd’hui. C’est le grand chef d’orchestre Fritz Busch, jeune ami de Max Reger, qui dirige l’orchestre philharmonique de Berlin, avec le baryton Albert Fischer en soliste.

Plusieurs décennies plus tard, Dietrich Fischer-Dieskau interprète l’œuvre à Hambourg, sous la direction de Gerd Albrecht. La voix tendue et les inflexions qu’on sent douloureuses traduisent la richesse et le caractère éprouvant de l’écriture de Reger, qui ne mérite néanmoins pas l’oubli dans lequel il est tenu.

Cédric MANUEL



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