23 septembre 1883 – Il ne faut évidemment pas s’attendre à rigoler avec ce Printemps triste, dont nous célébrons aujourd’hui le 138e anniversaire. Sur ce poème de Bouchor, le compositeur est las, sa musique épousant les murmures des prières et le grondement de la mer. Une œuvre plus méconnue et plus difficile que Le temps des lilas, trois ans plus tard…

La mélodie Printemps triste d’Ernest Chausson n’a pas été composée durant les doux mois de la saison des fleurs, mais bien au tout début de celle où les feuilles s’en vont en délicates processions nourrir une terre avide. C’est d’ailleurs Chausson lui-même qui donne à cette chanson son titre si expressif. On sait qu’on ne va pas rigoler et on ne rigole pas davantage dans les trois autres mélodies composées pour ce cycle basé sur des poèmes de Maurice Bouchor et écrites entre 1882 et 1887.

Au moment où Chausson termine la seconde mélodie du cycle, ce Printemps triste, il a vingt-huit ans. Il connaît Bouchor, son exact contemporain, qui est devenu un ami très proche. Les deux hommes se comprennent et sont en quelque sorte le miroir l’un de l’autre. Dans son journal, Chausson le décrit comme un idéaliste romantique qu’il admire et le poète lui dédie quelques vers qui paraissent dans son premier recueil (« À Ernest C… ») dans lequel il célèbre le côté rêveur et emporté du compositeur, tombant amoureux à chaque occasion, à la recherche de la seule et unique qui est peut-être à sa fenêtre.

Et justement, la figure aimée n’est plus à cette fenêtre, dans le poème de Bouchor qui sert de texte à la mélodie écrite le 23 septembre 1883. Elle n’y est plus et le poète est las. Tout est triste autour de lui. La musique, riche en texture, parvient à illustrer tout à la fois les murmures des prières et le grondement de la mer. C’est une œuvre plus méconnue et plus difficile que Le temps des lilas, trois ans plus tard, toujours sur un poème de Bouchor, mais elle n’en reste pas moins caractéristique du style de jeunesse de Chausson qui malheureusement, au demeurant, restera éternellement jeune puisqu’il mourra d’un stupide accident de vélo à quarante-quatre ans.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »