Instant classique – 24 décembre 1933… 87 ans jour pour jour. Francis Poulenc compose huit nocturnes très courts, qui sont autant de petits plaisirs en cette veille de Noël.

Francis Poulenc a composé huit nocturnes entre 1929 et 1938. Il n’y en a qu’un dont j’ai retrouvé la date de composition : le second, très animé, et sous-titré « Bal de jeunes filles ». Mais comme ces nocturnes sont très courts et que nous sommes à la veille de Noël, c’est avec un plaisir non dissimulé que je vous livre la totalité de ces nocturnes, ici joués par un Alexandre Tharaud idéal.

Le premier s’intitule Pour Suzette et il faut le jouer « sans traîner » comme c’est écrit sur la partition. Vous pouvez vérifier, puisque la version que j’ai trouvée sur YouTube permet de lire cette dernière pendant l’écoute. Le troisième nocturne, « modéré mais sans lenteur », a été achevé à Malines en 1934, tandis que le quatrième l’a été à Rome la même année. Pour ce dernier, Poulenc reprend une phrase du Visionnaire de Julien Green, à qui il dédie la partition. Ce nocturne est « lent, très las et piano », un peu comme votre serviteur. Le cinquième s’appelle Phalènes comme ces petits papillons de nuit. Il est dédié à Jean-Michel Franck, célèbre décorateur de la période, et son indication est « Presto misterioso ». Si tu ne sais pas où tu vas, vas-y vite ! Le sixième, terminé à Noizay – toujours en 1934 – et dédié à un certain Waldemar Stenger (inconnu au bataillon), est quant à lui « très calme et sans traîner », très doux. Le septième, d’août 1935, est consacré à un autre inconnu au bataillon, Fred Timar (on ne sait pas s’il a une gueule mais il a un nom !) et se laisse aller dans une certaine félicité. Enfin, pour le dernier, Poulenc précise qu’il doit servir de « coda au cycle », ce qui est ma foi logique, très modéré, achevé à Noizay voici quatre-vingt-deux ans. C’était en décembre, à Noizay, tout près de Tours, dans ce manoir du Grand Coteau que Poulenc avait restauré et où il se trouvait souvent.

À la toute fin du huitième nocturne, comme dans le premier, fugacement, vous entendrez une poignée d’accords qui vous rappelleront peut-être quelque chose si vous connaissez l’immense chef-d’œuvre lyrique de Poulenc, le Dialogue des carmélites. Il y reprendra en effet ce très court thème lorsqu’il bâtira la partition de son opéra, quelques années après ce dernier nocturne.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »