Instant classique – 24 mai 1862… 157 ans jour pour jour. Les organisateurs de l’Exposition universelle de Londres pouvaient se frotter les mains. Ils avaient obtenu l’impossible : Giuseppe Verdi avait accepté de composer une œuvre pour l’événement.

Or, notre ronchon émilien préféré détestait composer ce type d’œuvre de circonstance et c’est d’ailleurs quasiment le seul exemple (« J’ai toujours pensé et je pense encore que du point de vue artistique, ces œuvres de circonstance sont odieuses », écrit-il à son ami Arrivabene). L’idée de Verdi est de faire une cantate dans laquelle, à peu près au milieu, il mélange trois hymnes nationaux : l’anglais, le français (il choisit la Marseillaise en plein Second empire !) et l’italien. D’où le titre d’Hymne des Nations.

Mais comme d’habitude, Verdi doit affronter des montagnes de problèmes administratifs. On lui avait demandé une marche, mais il avait préféré une cantate car Auber, à Paris, lui avait dit qu’il allait composer lui-même une marche pour représenter la France. Or le comité d’organisation refuse tout net de représenter cette cantate au prétexte qu’il n’aurait pas le temps de la faire répéter car il y avait en plus de l’orchestre, un ténor solo et un chœur. Verdi s’étrangle : le comité avait vingt-cinq jours pour faire exécuter les répétitions, autant que pour créer tout un opéra ! On murmure de surcroît que Verdi n’a pas fini sa partition, ce qui est faux. Le compositeur écrit alors un article fracassant dans le Times et d’autres journaux européens.

L’ouverture de l’Exposition se fait sans l’œuvre de Verdi, ce qui déclenche un scandale du tonnerre, la presse se déchaînant contre les organisateurs et déplorant l’affront fait à Verdi. Finalement, la cantate sera enfin donnée le 24 mai suivant, au Her Majesty’s Theater, le directeur de Covent Garden, vexé d’avoir été attaqué, refusant de prêter sa salle. Succès foudroyant (mais sans lendemain).

On ne sera pas renversé par le souffle du texte réalisé par le jeune Arrigo Boito, qui sera autrement important pour Verdi vingt ans plus tard, mais le vœu de créer un « mondo di fratelli » ne peut pas faire de mal. On trouve une quantité surprenante d’interprétations en tous genres de cet Hymne des Nations, qui n’est pas une œuvre majeure de Verdi, mais dans laquelle on reconnaît l’homme de théâtre. On trouve même un incroyable enregistrement de Toscanini en 1944 dans lequel sont rajoutés à la fin de l’œuvre les hymnes soviétiques et américains !

Voici selon moi la version la mieux chantée et la mieux captée de toutes, celle de Pavarotti, en 1995, avec l’orchestre Philharmonia dirigé par James Levine.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »