Instant classique – 25 août 1832… 186 années jour pour jour. Frédéric Chopin avait commencé à composer des études pour piano très tôt, mais particulièrement depuis le début des années 1830. Il attachait beaucoup d’importance et de temps à l’enseignement et il était un grand pédagogue: il fallait être le meilleur technicien possible pour arriver à la perfection sonore. Il travaillait donc avec ses élèves à toute la palette nécessaire pour parvenir à cet objectif, avec un soin particulier pour le toucher, la souplesse du poignet et des doigts, en fonction des caractéristiques physiques du musicien. Il disait par exemple: « Ayez le corps souple jusqu’au bout des pieds ».

En août 1832, Frédéric Chopin est à Paris depuis quelques mois. Il adore cette ville qu’il ne quittera pas, mais la nostalgie de la Pologne, dont il est parti deux ans plus tôt, est très forte. Durant l’été, il termine plusieurs morceaux. Ce 25 août, il achève la troisième de ses douze études classées dans son opus 10. Elle est en mi majeur et notée « lento ma non troppo ».

C’est un bijou très célèbre, avec trois parties : l’introduction, nostalgique, qui viendra également conclure le morceau ; et la partie centrale, crescendo très technique. Si vous ne connaissez pas bien Chopin et qu’en revanche vous avez grandi avec la chanson française, la mélodie initiale va vous rappeler quelque chose. Grand amateur et connaisseur de musique classique, grand musicien lui-même, Serge Gainsbourg a utilisé le fameux thème initial de cette étude pour sa chanson, avec sa fille Charlotte, « Lemon Incest » il y a une trentaine d’années (si je ne me trompe pas, c’est même le titre de l’album). J’ai le souvenir que ladite chanson avait provoqué une polémique insipide, inutile et assez poisseuse, comme les Français en raffolent.

Chopin, lui, un jour qu’il entendait cette pièce sous les doigts du pianiste Gutman, l’un de ses élèves préféré, s’écria : « Oh, ma patrie ! ». La Pologne, toujours…


J’ai choisi cette interprétation par Horowitz, qui n’est pas toujours très sage par ailleurs mais connaissait son Chopin jusqu’au bout des pieds, justement, parce qu’elle me semble traduire parfaitement cette douceur (écoutez ce toucher extrêmement tendre) sans pour autant être trop lent – tentation de nombreux interprètes alors que le morceau est marqué « Lento, ma non troppo » – ni rien céder en virtuosité. 3’30 » d’apesanteur. Profitez-en.

 

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »