25 juillet 1970… 51 ans jour pour jour – Grand chef-d’œuvre de Dutilleux, le concerto pour violoncelle créé par Rostropovitch s’inspire des Fleurs du Mal de Baudelaire. Une merveille musicale.

Henri Dutilleux ne faisait pas toujours les choses attendues. Soit il mettait un temps fou à répondre à une commande, soit il changeait totalement d’idée. Question de motivation, peut-être. Dans les années 1960, le ministère des Affaires culturelles comme on l’appelait alors – celui de Malraux – passe commande au compositeur d’un ballet.

Dutilleux cherche un sujet et pense aux Fleurs du Mal de Baudelaire. Mais en même temps, comme dirait quelqu’un, son ami Rostropovitch – qui passait moult commandes à ses contemporains – lui demande d’écrire un concerto pour violoncelle. L’amitié l’emporte sur l’officiel et Dutilleux choisit le concerto. Mais il n’oublie pas pour autant Baudelaire : chacune des cinq parties que compte ce concerto porte en épigraphe plusieurs citations du poète. Il n’y a pas d’explication, encore moins de programme, mais une volonté d’osmose entre texte et musique et, quelque part, du voyage. Dutilleux explique également que plusieurs idées reviennent dans les cinq parties, qui sont donc ainsi liées entre elles. Il lui donne un titre évocateur et aussi un peu hors du temps : « Tout un monde lointain. »

La première partie, « Énigme », porte en titre : « Et dans cette nature étrange et symbolique » ; la seconde, « Regard », mouvement lent obsessionnel : « Le poison qui découle de tes yeux, de tes yeux verts, lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers » ; la troisième, mystérieux et marin, se nomme « Houle »: « Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve de voiles, de rameurs, de flammes et de mâts » ; la quatrième, « Miroirs », mouvement lent et fascinant, comme un miroir brisé, qui nous hypnotise en montrant notre image en morceaux : « Nos deux cœurs seront de vastes flambeaux qui réfléchiront leurs doubles lumières dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux » ; et enfin le cinquième et dernier mouvement, « Hymne », résumé d’éléments précédents pris dans un tourbillon et qui s’achève sur le départ du violoncelle : « Garde tes songes, les sages n’en ont pas d’aussi beaux que les fous ».

Ce grand chef-d’œuvre de Dutilleux, l’une des plus jouées encore aujourd’hui, est donc créée par « Slava » Rostropovitch au festival d’Aix-en-Provence, voici tout juste cinquante-et-un ans aujourd’hui, avec l’orchestre de Paris, sous la direction de Serge Baudo.

Quelques temps plus tard, les mêmes l’enregistrent et c’est cette version que je vous propose, avec comme extrait les merveilleux « Miroirs ».

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »