Instant classique – 25 mars 1879… 141 ans jour pour jour. On commence généralement à « considérer » les symphonies de Dvořák à partir de la septième, voire, quand on est magnanime, de la sixième. Vous ne serez pas surpris si je vous dis qu’il s’agit là d’un jugement tout à fait injuste.

Ainsi, la cinquième symphonie d’Antonín Dvořák, créée voici cent quarante-et-un ans aujourd’hui à Prague sous la direction d’Adolf Cech, est non seulement l’une des moins connues mais aussi l’une des plus décriées, en particulier pour son manque d’unité. Le compositeur l’écrit en deux mois durant l’été 1875 (il a trente-quatre ans) et elle a longtemps été considérée comme la troisième de ses symphonies, alors qu’on ne connaissait pas encore bien les quatre qui l’ont précédées. C’est un classement de 1917 qui rétablira la numérotation d’aujourd’hui, après la redécouverte de ces dernières.

Le numéro d’opus (76) a beaucoup contribué à entretenir la confusion initiale. Dvořák voulait plutôt lui attribuer le numéro 24, conforme aux dates de composition, mais c’est son éditeur Simrock qui l’a emporté en la publiant en 1888, ce qui permettait à Dvořák de faire croire qu’il avait écrit là une nouvelle symphonie, plus mature encore que les deux qui avaient suivi entretemps.

Je vous disais qu’on lui reproche généralement une structure bancale, les trois premiers mouvements étant plutôt calmes et pastoraux, tandis que le quatrième, tout à coup, fait place à un développement nerveux et lyrique assez inattendu, comme s’il avait collé un extrait d’une autre composition. Il n’en est rien. C’est simplement que le compositeur a jeté là les prémisses de ce que seront les grands chefs-d’œuvre à venir. En 1887, Dvořák dédie cette partition au grand chef d’orchestre Hans von Bülow, grand défenseur de sa musique, et qui s’en montrera particulièrement honoré.

On ignore comment la symphonie est reçue à Prague lors de sa création, mais on connaît la réaction du public de Londres, première ville étrangère où elle est jouée, en 1888. C’est le compositeur et journaliste Charles Barry qui écrit à Dvořák : “Dear Friend ! I have the pleasure to be the first (I think) to tell you that your Symphony Op. 76 was splendidly played yesterday, and very warmly received. […] The last movement, without undervaluing the others, is a grand inspiration, written in a masterful form.”

Comme quoi, ce dernier mouvement n’a pas toujours été si mal considéré. Le voici dans une interprétation relativement récente.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »