Le concerto pour violoncelle d’Edward Elgar est une œuvre pleine d’étrangeté, aux atmosphères variées, loin de l’austère grandeur qu’on prête souvent au compositeur. Cette partition raffinée est créée il y a 102 ans jour pour jour.

Bien que les sources divergent un peu sur la date exacte de création du concerto pour violoncelle d’Edward Elgar (le 27 ou, selon les sources les plus fréquentes, le 26 octobre 1919), il n’en reste pas moins qu’il s’agit unanimement du dernier chef-d’œuvre important du compositeur anglais. L’œuvre est écrite durant l’été 1919 dans la résidence Brinkwells du compositeur, dans le Sussex. Elle est dédiée à Sir Sidney et Lady Frances Colvin, deux de ses nombreux amis.

Elgar est morose en l’écrivant. La guerre, qu’il a observée horrifié de loin – il avait cinquante-sept ans lorsqu’elle a éclaté –, a asséché son inspiration. C’est à la fin de la guerre qu’il pense à un concerto pour violoncelle, écrit durant l’été 1919.

De façon inhabituelle, Elgar écrit quatre mouvements et non trois, bien que les deux premiers soient imbriqués. L’orchestration est relativement légère et l’orchestre semble vivre dans un monde parallèle à celui du violoncelle jusqu’à la fin où ils se trouvent enfin. C’est une œuvre pleine d’étrangeté, aux atmosphères variées, mais loin de l’austère grandeur dont Elgar a pu être coutumier par le passé, alors qu’il est un compositeur bien plus raffiné qu’on ne le croit ou que ne le laissent supposer ses marches Pomp and circumstances !

C’est lui qui dirige l’orchestre symphonique de Londres, au Queen’s Hall, avec Felix Salmond comme soliste. Ça n’a pas été sans mal, Elgar n’ayant pas pu répéter beaucoup, faute d’un accord avec le patron de l’orchestre, qui était alors Albert Coates. C’est pourquoi le concerto est relativement mal accueilli et Elgar n’a pas caché qu’il n’avait accepté de le créer que par égards pour Salmond.

Quand on pense au concerto d’Elgar, on pense à une soliste devenue légendaire : Jacqueline du Pré. Une cinquantaine d’années plus tard, en 1965, elle donne de ce concerto une version de référence avec sir John Barbirolli, enregistrement qui connaît un immense succès et fait sa gloire. Mais il existe aussi une archive filmée de cette artiste exceptionnelle au destin tragique, sous la direction de son compagnon, Daniel Barenboim, à la tête de l’orchestre New Philharmonia, pour un programme de la télévision britannique. Il est toujours fascinant de voir l’alchimie de cette magnifique artiste avec son instrument et c’est pourquoi j’ai choisi cette archive plutôt que le merveilleux enregistrement de 1965.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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