26 septembre 1945 – Cinq ans à peine après son arrivée aux États-Unis, Béla Bartók meurt d’une leucémie, nourrie par la tristesse et l’exil. Seules dix personnes assistent à ses funérailles, avant que sa dépouille ne soit pas rapatriée par le régime communiste et qu’il ait droit à des funérailles nationales. Hommage avec une de ses dernières œuvres, inachevée mais complétée par Tibor Serly.

Lorsqu’il arrive avec sa femme Ditta en 1940 aux États-Unis pour fuir la dégringolade hongroise vers un régime fascisant, Béla Bartók est profondément triste. Il n’avait pas envie d’aller là, il n’avait pas envie de quitter son pays mais il n’avait pas le choix. Il n’a pas cinquante ans et a déjà composé des œuvres qui comptent parmi les plus grandes de la musique du XXe siècle.

Aux États-Unis, rongé par le mal du pays, il n’arrive pas à s’y remettre. L’inspiration ne vient pas et, de toute façon, il n’y est pas vraiment considéré comme un compositeur, mais davantage comme un excellent pédagogue et un grand pianiste concertiste. Cela lui permet de vivre ou plutôt de vivoter (il n’est pas tout à fait vrai de dire que Bartók mourut dans la plus absolue pauvreté, mais il vivait dans une certaine précarité).

Le compositeur refuse cependant qu’on lui fasse ce qui lui semblerait être la moindre aumône, car il ne manque pas d’amis parmi les musiciens new-yorkais, qui comptent d’ailleurs de nombreux Hongrois émigrés. S’il reçoit de l’argent, c’est pour ce qu’il produit. On lui commande donc plusieurs œuvres, parmi lesquelles son sixième quatuor, son concerto pour orchestre pour Koussevitsky, une sonate pour violon pour Menuhin, mais aussi son troisième concerto pour piano pour l’anniversaire de sa femme Ditta et enfin un concerto pour alto, deux partitions qu’il ne terminera pas.

Car, depuis 1942, et même peu après son arrivée, il connaît ses premiers problèmes de santé. Bientôt, son épaule droite se rigidifie. Il est pris de fièvre fréquente sans que les analyses ne détectent quelque mal que ce soit. Ce n’est qu’en avril 1944 qu’une leucémie est diagnostiquée. Il n’y a alors rien à faire. Il meurt donc voici soixante-quinze ans aujourd’hui, avant d’avoir pu faire son cadeau à Ditta.

Seules dix personnes assistent à ses funérailles. Il est d’abord inhumé au cimetière de Ferncliff avant que le régime communiste, dans ses derniers mois, ne fasse revenir sa dépouille sous l’impulsion des enfants de Bartók. Après des funérailles nationales, il repose aujourd’hui au cimetière Farkasréty.

Le musicien Tibor Serly termine les deux dernières partitions, celle pour alto étant la moins avancée. Je vous propose donc en hommage à Bartók son troisième concerto pour piano, ici dans l’interprétation incandescente d’Annie Fischer et d’Igor Markevitch, dix ans après la mort du maître.

Cédric MANUEL



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