Instant classique – 27 avril 1816… 204 ans jour pour jour. On ne sait pas bien pourquoi Schubert a lui-même donné le titre de « tragique » à sa quatrième symphonie. Il est très possible qu’il ait cherché à écrire quelque chose qui renvoie à cet adjectif, et le début, lent et solennel, y fait penser.

Le choix de la tonalité aussi. L’ut mineur, c’est par exemple la même tonalité que la cinquième symphonie de Beethoven, celle qui fait pom-pom-pom-pom, les coups du destin à la porte. Schubert connaissait depuis plusieurs années cette partition, qui l’a profondément marqué. C’est la première fois qu’il utilise cette tonalité dans son œuvre symphonique (il faut rappeler qu’en 1816, il n’a que 19 ans).

Franz Schubert avait donc sans doute une ambition plus grande pour cette symphonie, à l’effectif orchestral renforcé. Le sens général n’est donc pas à la fête et si on se penche sur la production schubertienne de ce printemps 1816, on voit bien que ses lieder notamment ont une tonalité profondément mélancolique, presque morbide (La plainte de la jeune fille, La tombe, etc.). Le soleil ne revient qu’au mois de mai suivant.

Depuis plusieurs mois, il est évident que Schubert ne va pas bien, tout lui semble fade, sans saveur, uniformément gris. Il s’ennuie terriblement dans le métier d’instituteur qu’il pratique selon la volonté de son père – qui l’est aussi et dont il est l’assistant. En avril, il postule à un poste de professeur de musique à l’École normale allemande de Laibach (aujourd’hui Lubljana), tout en craignant de devoir partir loin de son cher chez lui, mais il ne sera pas retenu.

Et pourtant, dans la symphonie, une fois passée l’introduction solennelle et presque funèbre, on trouve une force pleine de résolution. Dans l’andante suivant, on perçoit une forme de sérénité moins inquiète, comme le bout d’un tunnel, plein de poésie. Et même si Schubert a voulu revenir au titre qu’il a donné à son œuvre dans le dernier mouvement – après un menuet très chantant – il ne peut réprimer une ardeur presque fougueuse.

Tragique ? Mais alors un tragique plein de lumière, dont voici l’andante qui le traduit si bien, surtout avec la tendresse d’un Giulini. 

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »