Instant classique – 27 décembre 1906… 114 ans jour pour jour. Florent Schmitt, compositeur français aujourd’hui oublié, compose sur le psaume 47 une œuvre très puissante et vraiment intéressante, qui le propulse sur le devant de la scène musicale du jour au lendemain.

Si on a un peu oublié le nom et la musique de Florent Schmitt, dont on commémore à très bas bruit les cent cinquante ans (1870-1958), c’est à la fois parce que cette dernière était très indépendante des courants du début du XXe siècle malgré un intérêt et une force évidents, que l’intéressé était d’un caractère assez entier pour ne pas dire irascible, disons, et aussi – voire surtout – parce qu’il n’a pas été précisément exemplaire avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’est du moins ce qu’on lui a reproché, souvent avec raison tant certaines de ses réflexions ou interventions très provocatrices sonnaient et sonnent encore de façon tout à fait insupportable à nos oreilles. Ce qui ne doit pas faire oublier qu’il a eu un fils prisonnier en Allemagne et qu’il a usé de toute son influence pour défendre des compositeurs et musiciens menacés ou interdits par les nazis, tels Paul Dukas ou Arnold Schönberg, se défendant de mélanger musique et politique (ce qui est, avouons-le, un peu court), avec pour seul souci de défendre la « musique française ». Il a ainsi évité l’indignité nationale après la guerre et a même retrouvé pas mal d’honneurs durant la IVe République, au soir de sa vie. Admettons.

Mais avant tout cela, Schmitt a été un compositeur fécond et, disons-le, l’un des tous meilleurs en France. Grand prix de Rome en 1900, il commence à écrire durant son séjour – écourté par de nombreux voyages en Europe – ce Psaume 47, dédié à un autre pensionnaire de la Villa, l’architecte Paul Bigot. Cette œuvre très puissante et vraiment intéressante est créée à Paris voici juste cent quatorze ans, sous la direction de Désiré-Émile Inghelbrecht. Le succès est gigantesque et voici Schmitt propulsé sur le devant de la scène musicale du jour au lendemain.

Ce psaume, numéroté 46 dans les textes anciens puis 47 dans les traductions plus récentes, avait été traduit par Le Maistre de Sacy au XVIIe siècle ; c’est cette traduction que Schmitt utilise pour sa partition. Un autre très grand compositeur du moment, Albert Roussel, note : « Un souffle puissant, une sensualité frémissante règnent d’un bout à l’autre de cette vaste composition qui n’est pas de la musique religieuse au sens habituel du mot, mais qui est bien de la musique biblique, d’une inspiration jéhovienne, avec ses rythmes emportés, ses appels de voix d’une allégresse débordante. » Puisque c’est Roussel qui vous le dit !

C’est surtout une œuvre très bien construite, qui ne manque pas de charme lorsqu’elle est conduite avec rigueur et clarté, sans lourdeur (car c’est une partition très boum-boumesque). Je trouve que c’est le cas de l’interprétation de Yann-Pascal Tortelier, grand défenseur de la musique française de cette époque, ici avec un orchestre pas tout à fait idiomatique, le symphonique de São Paulo, mais qui est le meilleur du Brésil aujourd’hui – qui compte relativement peu d’orchestre symphoniques, et encore moins d’envergure internationale, il faut bien le dire. Mais la tradition musicale de ce pays est ailleurs.

Cédric MANUEL



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »