27 mai 1783… 238 ans jour pour jour – Mozart écrit le tout premier concerto complet destiné au cor, pour un ami de la famille qu’il humilie autant qu’il souhaite le soutenir. Une œuvre brève, qui voyage entre monotonie et joyeuse fougue.

Joseph Leitgeb est un ami de la famille Mozart depuis de longues années. Il est de vingt-quatre ans l’aîné de Wolfgang. Ce corniste renommé de l’orchestre de Salzbourg décide un jour de partir pour Vienne, où il aurait ouvert un magasin de… fromages, point sur lequel les sources divergent nettement… Mais quoi qu’il en soit, le père de Wolfgang l’aide régulièrement financièrement et l’infortuné (dans tous les sens du terme) Leitgeb n’arrive pas à rembourser ses dettes. C’est aussi pour l’aider (car il le défend souvent auprès de son père exaspéré) que Mozart fils écrit un concerto pour cor, son deuxième, en 1783, qui lui permet de tirer des revenus de son art.

Wolfgang Amadeus Mozart achève cette partition voici tout juste deux cent trente-huit ans et c’est sur elle qu’il écrit : « Wolfgang Amadeus Mozart a eu pitié de ce pauvre âne, abruti et idiot de Leitgeb, à Vienne le 27 mai 1783 »… Ce qui ne montre pas le meilleur visage du compositeur. Trop heureux qu’un homme de ce niveau l’aide en écrivant pour lui, Leitgeb se laisse en effet maltraiter sans la moindre dignité.

Mozart écrit sa partition en utilisant plusieurs couleurs : du bleu, du rouge, du vert pour le perdre (les défenseurs jurent que c’est en fait pour aider l’instrumentiste) ; il multiplie les blagues destinées à rendre chèvre le pauvre corniste. Il n’hésite pas non plus à l’humilier physiquement : Leitgeb devait se mettre à genoux pendant que Mozart écrivait. Il devait ramasser, à quatre pattes, les feuilles jetées à terre par son « ami ». On raconte même (mais c’est invérifiable et rien ne l’atteste) que Mozart a enfermé ce pauvre Leitgeb dans un poêle durant toute la composition de ce concerto !

Pour contrer la relative monotonie de l’instrument utilisé en tant que soliste, Mozart adopte une orchestration vive et légère, mais très variée à laquelle justice est rendue ici (bien que je ne connaisse pas les interprètes). C’est le premier concerto complet destiné au cor et on ne peut pas tout à fait dire que Mozart l’ait débarrassé de toute sa monotonie. Le dernier mouvement, cependant, renoue avec une joyeuse fougue, résolument optimiste et le tout dure à peine plus d’un quart d’heure.

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride