Instant classique – 28 janvier 1899… 122 ans jour pour jour. Sur des vers de Charles Cros, Ernest Chausson écrit sa dernière chanson : une mélodie d’une rare profondeur, passant tour à tour de l’ombre à la lumière, de l’espoir à la nostalgie, jusqu’au vœu de la mort.

Ernest Chausson, l’un des grands musiciens de la jeune école française, contemporain de Debussy dont il était l’aîné de neuf ans, était un brillant mélodiste, auteur de nombreuses chansons.

Il a quarante-trois ans lorsqu’il compose sa dernière, la « chanson perpétuelle », à partir du poème de Charles Cros, qu’il ne réutilise pas dans sa totalité. Ce poème évoque la douleur d’une femme que son bien-aimé a quittée et s’articule en trois parties : les souvenirs heureux du passé, la souffrance insupportable du présent et la délivrance à venir, qui ne peut être que la mort. Chausson écrit sur ces vers très noirs une mélodie d’une rare profondeur, passant tour à tour de l’ombre à la lumière, de l’espoir à la nostalgie, jusqu’au vœu de la mort.

Il écrit trois versions pour accompagner la voix de soprano : une pour orchestre, une pour piano et une autre pour quatuor et piano. L’œuvre est dédiée à Jeanne Raunay, née Richomme, cantatrice fameuse de l’époque, qui la crée au Havre voici cent vingt-deux ans aujourd’hui.

Hélas, ce magnifique chant poignant et désolé sera la dernière œuvre achevée de Chausson, qui commence par ailleurs son quatuor à cordes, lequel restera en chantier à la suite de sa mort accidentelle, puisqu’il se tuera en vélo au printemps suivant.

Des trois versions précitées, j’ai choisi celle pour quatuor et piano, que je trouve la plus juste pour rendre l’atmosphère du poème de Cros. Et tant qu’à faire, autant la choisir chantée par l’une des meilleures interprètes possibles pour ce répertoire, la délicate Sandrine Piau.

Cédric MANUEL



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