Instant classique – 28 octobre 1943… 77 ans jour pour jour. Le 10 juin 1942, les SS massacrent la quasi-totalité du petit village de Lidice, proche de Prague. Seuls dix-sept enfants survivront à la guerre… Bohuslav Martinů compose en hommage un long adagio très sombre, pour ne jamais oublier.

Le 10 juin 1942, un détachement d’une division SS encercle le village de Lidice, non loin de Prague. Quelques jours auparavant, la résistance tchèque avait blessé l’ignoble gouverneur SS de la région, Reinhard Heydrich, dans un attentat, et ce dernier était mort d’une brusque aggravation de ses blessures une semaine après l’attaque. Les SS cherchent donc vengeance. Ils fusillent tous les hommes de plus de seize ans, qui sont presque deux cents. Les femmes sont toutes déportées à Ravensbrück. Quant aux enfants, ils sont « triés » : ceux qui correspondent aux « critères de la race aryenne » sont enlevés et remis à des familles allemandes. Les autres sont déportés et gazés. Seuls dix-sept enfants sur cent cinq reviendront. Les Allemands s’attacheront ensuite à supprimer toute trace du village lui-même.

Ce dernier sera reconstruit un peu plus loin après la guerre, de même qu’un mémorial, dont le monument le plus déchirant est le groupe de bronze représentant les plus de quatre-vingts enfants assassinés au gaz, achevé seulement en 2000. C’est une œuvre de la sculptrice Marie Uchytilová, qui n’a pas pu la terminer avant sa mort en 1989, et dont une vaste mobilisation mondiale a permis d’en financer l’achèvement. Un détail de cette fresque illustre d’ailleurs le morceau musical.

Bohuslav Martinů est sans doute le grand compositeur tchèque le plus ignoré du grand public, et c’est injuste. Exilé depuis longtemps hors de son pays, il avait quitté la France pour les États-Unis en 1941 ; c’est là que lui parvient la nouvelle de l’affreux martyre du petit village. Il compose alors un poème symphonique dédié à la mémoire des victimes, qu’il achève à l’été 1943. C’est l’orchestre philharmonique de New York, sous la direction d’Arthur Rodzinsky, qui le crée pour le vingt-cinquième anniversaire de l’indépendance tchécoslovaque.

On y entend un long adagio très sombre et, juste avant la fin, aux cors, le fameux thème du destin de la cinquième symphonie de Beethoven, celui qui donnait tant d’espoir alors au travers des messages de la BBC qui utilisait les trois brèves et la longue, lesquelles correspondent en morse à la lettre V comme victoire.

À l’heure où ces barbaries ignobles risquent de s’effacer de la mémoire (hélas bien courte) des hommes, et que de nouvelles en menacent tant d’autres aujourd’hui, ce soixante-dix-septième anniversaire de la création du poème symphonique de Martinů doit nous rappeler qu’il n’appartient qu’à nous que l’histoire ne se répète pas.

Cédric MANUEL

 



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