Instant classique – 3 décembre 1820… Nous fêtons aujourd’hui les 200 ans du Maometto II de Rossini, un opéra que le compositeur travaille longuement, la considérant comme l’un de ses plus ambitieux.

En 1820, Gioachino Rossini est le directeur musical du théâtre San Carlo de Naples depuis cinq ans. Deux ans jour pour jour après le triomphe de Ricciardo e Zoraide dans ce dernier, il y présente un nouveau « dramma per musica » en deux actes, Maometto Secondo. Cette fois, après trente opéras à son actif et alors qu’il n’a que vingt-huit ans, il prend son temps. Le livret n’a pas été difficile à trouver, puisque son auteur, Cesare della Valle, duc de Ventignano, le tire directement d’une pièce qu’il vient de créer, Anna Erizo. L’action se situe donc au moment de la guerre entre Venise et la Sublime Porte, qui aboutira à la chute d’Eubée, en 1470.

Rossini pense dès le mois de mai à composer son opéra essentiellement pour deux stars de l’époque : son ami, la basse Filippo Galli, créateur, notamment, du Mustafà de l’Italienne à Alger sept ans plus tôt ; et bien sûr Isabella Colbran, muse du cygne de Pesaro, et qui sera bientôt sa première femme.

De violents troubles politiques qui secouent le royaume des Deux-Siciles retardent la préparation de l’opéra mais cela permet à Rossini de soigner sa partition, qu’il considère comme l’une de ses plus ambitieuses. Malheureusement, il y a tout juste deux siècles aujourd’hui, le public napolitain reste de marbre. Rossini revisitera d’abord pour Venise en 1823, où il changera la fin de manière à faire triompher la Sérénissime en réutilisant le finale de la Donna del lago ; puis pour Paris 1826, où elle deviendra – et pour longtemps – Le siège de Corinthe.

En 1985, Claudio Scimone restitue la partition originale lors du Festival de Pesaro et compte pour cela sur deux autres stars de l’époque : June Anderson en Anna et bien sûr le grand Maometto II de notre temps, Samuel Ramey, que voici ici dans son air de bravoure, « Sorgete ! ».

Cédric MANUEL



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