3 juin 1947… 74 ans jour pour jour – Sur un drame surréaliste d’Apollinaire, Les Mamelles de Tirésias, Poulenc compose l’un des plus grands opéras-bouffes du XXe siècle. Une satire sociale en écho aux deux tragédies guerrières et à leurs millions de morts.

Francis Poulenc aimait profondément la poésie de Guillaume Apollinaire, qu’il avait déjà mise en musique durant l’entre-deux-guerres. C’est de lui qu’il s’inspire pour composer son premier opéra, qu’il commence juste avant la Seconde Guerre mondiale ; plus précisément à partir d’un « drame surréaliste » tout à fait déjanté, devenu pièce à succès, Les Mamelles de Tirésias.

Poulenc en termine la partition durant la seconde moitié de 1944 pour l’Opéra-Comique. On pourrait rire de cette histoire grotesque et invraisemblable, mais cette satire sociale est un écho aux deux tragédies successives du XXe siècle et leurs millions de morts. D’emblée, le directeur promet au public qu’il entendra une « pièce morale » pour l’amener à faire des enfants, lui « qui n’en faisait plus guère », qui sera aussi la conclusion de l’œuvre.

Thérèse entend donc se transformer en homme, sans attraits féminins, avec barbe et moustache, pour faire à peu près tout ce que les hommes font habituellement : la guerre, la politique, etc.

Apollinaire raille (ou pas) ainsi les femmes qui entendent s’émanciper et ne plus reproduire ; ce qui ferait évidemment beaucoup réagir (ou pas) aujourd’hui… et qui fait scandale le soir de la première. Alors que cet opéra-bouffe est donné en même temps que La Bohème de Puccini – curieux attelage – le public est houleux et agité. « Une partie du public applaudit à tout rompre, raconte Poulenc, mais le poulailler pucciniste est indigné. » Ambiance garantie à toutes les représentations, mais cela n’empêchera pas l’œuvre de s’imposer comme l’un des grands opéra-bouffes du XXe siècle, digne héritier d’Offenbach et de Chabrier.

C’est la merveilleuse Denise Duval, inséparable muse et amie de Poulenc et qui sera une Blanche de la Force légendaire quelques années plus tard, qui crée le rôle de Thérèse-Tiresias, mais c’est Hélène Guilmette qui l’interprète ici à l’opéra de Lyon, en coproduction – justement – avec l’Opéra-Comique, dans ce cirque mis en scène par Macha Makeïeff en 2010.

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride