3 novembre 1922 : un deuxième prix qui vaut tous les premiers

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Honneur à une grande compositrice du XXe siècle, une des rares dont l’œuvre est enfin reconnue : Rebecca Clarke. Véritable bijou, son trio avec piano est créé au Wigmore Hall de Londres il y a tout juste 99 ans. Une partition de toute beauté et pleine du caractère de l’artiste.

Vous aurez peut-être noté – en tout cas ceux d’entre vous que cela intéresse – que cette chronique fait trop peu de place aux compositrices. Comme vous ne l’ignorez sans doute pas, jusqu’à nos jours et dans une certaine mesure même de nos jours, il n’était « simplement » pas concevable qu’une femme pût composer et a fortiori publier ses œuvres.

Voyez la grande Fanny Mendelssohn, qui gardait ses chefs-d’œuvre pour la sphère privée et dont son auguste frère, qui la vénérait pourtant, lui disait sans ménagement qu’elle ne saurait faire davantage. Voyez Clara Schumann, qui a quasiment cessé de composer pour s’effacer derrière son mari Robert. Toutes les autres étaient peu ou prou empêchées par la société : elles pouvaient interpréter en public, mais pas créer.

Peu à peu, ces femmes sortent enfin de l’anonymat et leurs œuvres commencent à être reconnues depuis quelques années. C’est le cas de Rebecca Clarke, sans doute davantage que pour d’autres. Elle est née en Angleterre, en 1886, d’un père américain particulièrement brutal et méchant et d’une mère allemande. Le père, cependant, l’a encouragée à apprendre le violon – elle glissera vers l’alto à l’instigation du compositeur Charles Villiers Stanford – mais l’a retirée de la Royal Academy of Music lorsque son professeur d’alors avait demandé sa main… avant de la mettre elle-même à la rue lorsqu’elle osa critiquer les liaisons extraconjugales de ce dernier.

Pour gagner sa vie, elle joue de l’alto et est l’une des premières femmes à intégrer un orchestre anglais, celui du Queen’s Hall. Et donc elle compose, particulièrement entre les deux guerres. En 1921, elle participe ainsi, avec un trio avec piano, au festival de musique de chambre du Berkshire (Massachusetts), patronné par l’irremplaçable mécène Elizabeth Coolidge. Mais elle ne remporte que le second prix avec ce trio, qui est créé en public au Wigmore Hall de Londres voici quatre-vingt-dix-neuf ans aujourd’hui. Mme Coolidge en fera cependant la seule compositrice à bénéficier de son mécénat : elle lui commandera une rhapsodie pour violoncelle et piano.

Ce trio est un bijou dont certains commentateurs ont pu dire que les trois mouvements correspondaient au caractère de Rebecca Clarke : le premier est ‘‘moderato ma passionato’’ ; le second est ‘‘andante ma semplice’’ et le dernier est ‘‘allegro vigoroso’’.

En tout cas, les trois sont de toute beauté et je vous laisse donc découvrir cette compositrice qui a vécu quatre-vingt-treize ans et qui a retrouvé un regain de popularité ces dernières décennies en particulier Outre-Manche.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



 

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