Instant classique – 31 décembre 1925… 95 ans jour pour jour. Ottorino Respighi crée son Concerto en mode mixolydien, une œuvre pour piano et orchestre aujourd’hui fort oubliée et c’est très dommage. Mixolydien ? Si le mot est peu connu, ce mode est pourtant fréquent en musique, notamment dans la musique pop.

Non je n’ai pas fait un pari après avoir abusé de quelque vieil armagnac ou autre jurançon des vendanges tardives, pari qui m’aurait poussé à placer dans l’article du jour un terme dont je suis sûr que beaucoup d’entre vous ne l’ont jamais entendu et encore moins utilisé. Sauf bien sûr s’ils sont musiciens ! Pour vous expliquer ce qu’est, en musique, le mode mixolydien, je pourrais vous renvoyer aussi sec à l’extraordinaire leçon d’un des merveilleux ‘‘Young people’s concert’’ de Leonard Bernstein sur les modes musicaux.

En musique, un mode, c’est en gros une échelle de notes qui s’appuie sur une note principale ou de référence, comme une gamme. C’est sur cette base qu’est construite la musique depuis l’Antiquité grecque. Les noms ont évolué, ils ont suivi la complexité croissante des constructions musicales, mais cette base est toujours restée. Dans l’échelle diatonique (les notes blanches du piano sont construites à partir de l’échelle diatonique), on compte sept modes dont les appellations se sont un peu mélangées avec le temps, mais qu’on garde encore aujourd’hui en référence à un musicologue du XVIe siècle, Glaréan : le mode ionien (note de référence : do), le dorien (ré), le phrygien (mi), le lydien (fa), le mixolydien (sol), l’éolien (la) et le locrien (si). Plusieurs auteurs récents ont contesté la classification de Glaréan, mais je n’irai pas plus loin aujourd’hui : écoutez plutôt Bernstein. Vous saurez que le mode mixolydien est très employé dans la musique pop, et par exemple dans Hey Jude des Beatles, entre autres !

En 1925, Ottorino Respighi, symphoniste italien (da Bologna) de premier ordre, réalise une œuvre pour piano et orchestre aujourd’hui fort oubliée et c’est très dommage : ce concerto est appelé « Concerto en mode mixolydien ». C’est sa femme, Elsa, une ancienne élève qu’il a épousée en 1919, qui l’y a poussé. Elle avait étudié le chant grégorien et en particulier le « Graduale romano », type de chant utilisé plus couramment au sein de l’Église catholique, et que Respighi a voulu traduire dans un langage plus accessible et moins monotone. Pour les trois mouvements de ce concerto, Respighi a utilisé trois types de chants qui en sont tirés : un « Viri galilei » pour le premier mouvement (choisi ici), un « Halleluja » pour le mouvement lent et un « Kyrie » pour le final, très agité.

La création mondiale a lieu au Carnegie Hall à New York (encore un lien avec Bernstein qui donnait ses leçons non loin de là au Lincoln Center). Respighi est au piano et Wilhelm Mengelberg, l’un des plus grands chefs du moment, dirige l’orchestre philharmonique de New York. Le succès public de ce concerto est très grand. Mais l’œuvre est vivement attaquée par des critiques et des musicologues, si bien qu’elle ne parviendra jamais à s’imposer, jusqu’à disparaître totalement.

Une série d’enregistrements récents vient heureusement réhabiliter cette partition intéressante. L’une des dernières publiées nous vient de Rome, avec Désirée Scuccuglia au piano et où à la tête de l’orchestre symphonique de la ville, très méconnu hors d’Italie mais de très bonne qualité, Francesco La Vecchia s’efforce de faire connaître le répertoire symphonique italien de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du suivant, très oublié et qui compte pourtant, avec par exemple Martucci, Respighi ou Casella, de très dignes représentants.

Cédric MANUEL



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