Instant classique – 31 janvier 1894… 126 ans jour pour jour. La mort soudaine et (un peu) mystérieuse de Tchaïkovsky, le 18 novembre 1893, plonge le jeune Rachmaninov (vingt ans) dans un profond désarroi.

Le grand compositeur disparu était en effet son mentor, son inspirateur, son premier soutien.

« Toutes mes pensées, toute ma force lui ont été consacrées… J’ai tremblé à propos de chaque phrase ; il m’est arrivé de barrer tout ce que j’avais fait, de penser et repenser à ce qu’il fallait faire. » Ainsi s’adresse Sergueï Rachmaninov à sa cousine Natalia Skalon à propos de ce trio pour piano, violon et violoncelle, qu’il écrit sous le coup de l’émotion et qu’il dédie « à la mémoire d’un grand artiste », tout comme Tchaïkovsky lui-même l’avait fait pour son propre maître, Nikolaï Rubinstein, à qui il avait également dédié un trio.

Celui de Rachmaninov, le deuxième (un premier trio, lui aussi « élégiaque » avait été créé très exactement deux ans plus tôt), est présenté il y a tout juste cent vingt-six ans, avec le compositeur au piano, accompagné par Anatole Brandoukov au violoncelle et Iouli Konius au violon. L’œuvre sera profondément remaniée treize ans après ; il continuera à retoucher ce trio jusqu’en 1917. L’œuvre reste longue pour une composition de musique de chambre, mais elle est très inspirée.

En voici le beau premier mouvement, ici interprété par rien moins que Nikolai Lugansky au piano, Julian Rachlin au violon et Mischa Maisky au violoncelle.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »