Il y a 135 ans aujourd’hui, Franz Liszt mourait religieusement à Bayreuth, dans l’antre de son gendre Wagner. Contre sa volonté, son intransigeante fille Cosima l’enterre sur place, loin de Weimar et de la Hongrie. Après une vie de séducteur, Liszt avait embrassé la foi, jusqu’à appartenir au tiers-ordre franciscain.

C’est à Bayreuth, dans l’antre de son gendre Richard Wagner – déjà mort depuis trois ans – et auprès de de son intransigeante fille Cosima, que Franz Liszt meurt ce 31 juillet 1886, à soixante-quatorze ans. Très affaibli depuis plusieurs mois, il ne réussissait même plus à donner les cours qu’il offrait encore il y a peu à de nombreux (et nombreuses, d’ailleurs) élèves. Il était de fait diminué depuis qu’il avait chuté d’un escalier dans un hôtel à Weimar cinq ans plus tôt, mais malgré des difficultés de santé consécutives à cette chute, il était resté très actif.

Au début de l’année 1886, il est à Rome (il séjourne souvent et beaucoup à la Villa d’Este, non loin de la Ville Éternelle) et rencontre Debussy à la Villa Médicis. Son état, cependant, se dégrade tout au long de l’année, et c’est à bout de forces qu’il arrive à Bayreuth mi-juillet 1886. Il y assiste le 25 juillet à une représentation de Tristan et Isolde mais, dès le 26, il se trouve extrêmement affaibli, sans doute par une pneumonie. Le 30 juillet, il est pris de délire et sombre dans l’inconscience. Après un sommeil très agité, brusquement, au matin du 31, il se réveille en hurlant, se lève en courant, met son domestique venu le secourir au sol et s’effondre. Il meurt quelques heures plus tard. Contre sa volonté et par un ultime mauvais coup de sa fille, il est enterré sur place, à Bayreuth, le 3 août. Malgré de nombreuses tentatives pour que son corps soit inhumé à Weimar ou en Hongrie, sa tombe se trouve toujours dans l’antre de son gendre.

Depuis longtemps, le compositeur s’était tourné vers la religion, le séducteur s’attirant beaucoup de moqueries. Il s’était même inscrit au tiers-ordre franciscain, recevant les quatre ordres mineurs quelques années plus tard. Il pouvait prétendre sur cette base, au moins en France, au titre d’abbé. Il demande à être revêtu de l’habit franciscain à sa mort. Espérons que Cosima lui a au moins permis cela !

Il est difficile de dire quelle fut son ultime composition, pour illustrer cet anniversaire, notamment parmi la multitude de transcriptions, improvisations, variations pour piano que Liszt a écrites tout au long de ces dernières années. Mais l’une d’entre elles a particulièrement attiré mon attention, même si ce n’est pas du tout sa meilleure. En 1881, il avait été très impressionné par la nouvelle version du Simon Boccanegra de Verdi (on le comprend !). Il a donc écrit peu après ces Réminiscences sur Boccanegra. On y entend le merveilleux prélude du Prologue, le moment de la révolte du deuxième acte, puis, plus longuement, le magnifique dernier air « Gran Dio li benedisci » de la mort de Simon, où Liszt réussit à retranscrire toute la tendresse et la solennité du moment.

Voici donc ce morceau très rare, ici par François-René Duchâble.

Cédric MANUEL



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