Instant classique – 31 mars 1883… 137 ans jour pour jour. César Franck a plus de soixante ans lorsqu’il a l’idée d’adapter un poème de Gottfried August Bürger, Le chasseur sauvage (Der wilde Jäger), idée peut-être soufflée par le compositeur Henri Duparc, qui s’en était également inspiré pour son poème symphonique Léonore, ou bien par Vincent d’Indy.

César Franck s’inspire de l’ambiance du poème mais n’en suit pas littéralement la trame. Il écrit sur la page de garde de sa partition le récit qu’il raconte : c’est l’histoire d’un comte rhénan qui, un beau matin, part à la chasse avec force cors. Chevauchée fière sur fond de cloches environnantes, on imagine un noble très chevaleresque. Mais soudain, tout change. Le comte se retrouve seul et sa monture refuse de continuer ; de son cor ne sort plus aucun son. Une voix s’élève et le voue aux enfers. Le comte, affolé, tourne bride et s’enfuit, mais il est poursuivi toujours et partout par des démons.

Si on ne rigole pas franchement avec l’histoire, on ne peut que céder à une partition incisive, en quatre parties, qui ne laisse pas reprendre son souffle, exactement comme si nous étions nous-mêmes le chasseur maudit.

Magnifique chef-d’œuvre hélas trop peu joué au concert, il est créé sous sa propre direction à la Société nationale de musique – dont Franck deviendra le président – salle Evrard, le 31 mars 1883. C’est un succès comme le compositeur n’en connaîtra pas beaucoup dans sa vie, qui lui vaut une encore plus rare « longue ovation » du public.

Voici une interprétation au cordeau, colorée et dynamique de ce poème symphonique par un spécialiste de ce répertoire, Michel Plasson, à la tête de l’orchestre du Capitole de Toulouse.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »