Instant classique – 4 mai 1895… 103 ans jour pour jour. On le sait, Antonín Dvořák a passé quelques années aux États-Unis pour diriger le conservatoire de New York, malgré un profond mal du pays qu’il ne tardera pas à courir retrouver.

Avant même qu’il quitte Prague pour les États-Unis et dans la perspective de le faire connaître du public new-yorkais, la présidente du conservatoire, Jeannette Thurber, lui demande d’écrire une cantate célébrant le 400e anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Elle lui envoie à cette fin un poème de Joseph R. Drake au sujet du drapeau américain, célébrant la liberté. Mais le courrier arrive trop tard pour que le compositeur puisse achever l’œuvre pour le mois d’octobre 1892, date anniversaire de la fameuse découverte.

Dvořák travaillait par ailleurs au même moment pour son Te Deum. Il n’a donc pu achever la partition qu’en janvier 1893, après son arrivée sur place. Trop tard pour les célébrations. Du coup, la cantate attendra des jours meilleurs et ne sera créée qu’il y a tout juste cent vingt-cinq ans aujourd’hui, hors de la présence du compositeur, retourné à Prague entre temps.

Composer une œuvre qui exalte le patriotisme et la liberté – comme le fait le poème de Drake – a évidemment beaucoup inspiré Dvořák, qui nourrissait lui-même des sentiments très similaires, mais pas exactement américano-centrés… Sa cantate est très vigoureuse, exaltant les symboles des États-Unis, le drapeau et ses couleurs bien sûr, mais aussi le fameux aigle (ou plutôt le pygargue à tête blanche), dans un style qui lui est propre et qui n’a rien d’américain, excepté peut-être le recours à la caisse claire et aux cuivres façon “american band”.

Tout ceci n’empêche pas cette cantate de n’être donnée que très (très) rarement de nos jours. La première européenne n’aura d’ailleurs lieu qu’en 1931, vingt-sept ans après la mort du compositeur.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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