Rostropovitch commande à Chostakovitch un concerto pour violoncelle, une œuvre qui va renouveler l’inspiration d’un compositeur alors malade et épuisé. L’œuvre est créée il y a 62 ans jour pour jour : un enregistrement existe de cette création, nous vous la proposons aujourd’hui.

L’année 1959 est, pour Dimitri Chostakovitch, un peu particulière, tout à fait ambivalente. D’abord, cet homme fragilisé par des décennies d’angoisse et de lutte intérieure contre le régime stalinien, est (encore) malade, comme frappé par une série de contrecoups du corps six ans après la mort de Staline. Outre le mal physique, il souffre d’un mal d’inspiration qui a beaucoup réduit sa production depuis quelques années. Il doute encore et toujours.

Et puis, le voilà qui trouve un chemin, en partie grâce à son ami Mstislav Rostropovitch. Le violoncelliste virtuose, qui a alors un peu plus de trente ans, est déjà très célèbre en URSS. Chostakovitch a par ailleurs été l’un de ses professeurs au conservatoire de Moscou. Le compositeur a jusque-là peu écrit pour le violoncelle : une sonate avec piano, vingt-cinq ans auparavant, et quelques rares œuvres de jeunesse. Rostro lui demande donc un concerto. Le challenge – car c’en est un – intéresse Chostakovitch, attiré par le renom de son futur interprète, dont on connaît l’enthousiasme déjà communicateur.

Il l’écrit donc rapidement et c’est Rostropovitch – à qui il est bien sûr dédié – qui le crée voici soixante-deux ans aujourd’hui, à Leningrad. Et à partir de là, l’inspiration de Chostakovitch revient au galop et il écrit de nouveaux chefs-d’œuvre dans les années qui suivent… Mais c’est une autre histoire.

Il est de bon ton de considérer ce concerto comme relativement secondaire, voire inintéressant ; et de louer plutôt celui qui suivra en 1966 – toujours à la demande de Rostropovitch et qui sera la dernière œuvre concertante du compositeur. Soit, c’est peut-être affaire de spécialiste. Mais moi qui n’en suis pas un, je peux vous dire que ce concerto me plaît beaucoup, et notamment son premier mouvement, assez hypnotique. Je n’ai pas trouvé d’enregistrement de la création elle-même, contrairement au concerto n°2.

Mais quelques semaines à peine après l’avoir présenté à Leningrad, Rostropovitch s’envole à Philadelphie pour y enregistrer la partition avec l’orchestre de la ville – alors un des meilleurs des États-Unis, qui faisait partie des fameux « Big Five » – placé sous la direction d’Eugène Ormandy. Voici donc le premier mouvement du concerto par Rostro, en novembre 1959.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »