Instant classique – 4 septembre 1870… 148 années jour pour jour. Le jour même où, après le désastre de Sedan qui venait précipiter la brutale débâcle des armées françaises face aux Prussiens, la France proclame pour la 3e fois de son histoire la République, le jeune Max Bruch, 32 ans, présente à Leipzig sa seconde symphonie.

La première, deux ans auparavant, avait eu beaucoup de succès, moins encore que son fameux (et superbe) concerto pour violon, composé alors qu’il n’avait que 24 ans et créé en 1866. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette nouvelle symphonie est dédiée à Joseph Joachim, créateur du fameux concerto et violoniste particulièrement célèbre alors.

Pas besoin de tendre beaucoup l’oreille pour entendre par ailleurs bien des échos de Johannes Brahms dans cette symphonie. Max Bruch, de cinq ans le cadet de l’austère hambourgeois, avait d’ailleurs dédié sa 1ère symphonie à ce dernier, qui s’en était bruyamment félicité.

Certes, Bruch, resté dans le répertoire grâce à ses œuvres concertantes et ses oratorios – eux-mêmes un peu délaissés bien qu’ils aient fait sa gloire, bien réelle à la fin du XIXe siècle – a sans doute pâti d’un conservatisme quelque peu dédaigné au tournant de la Belle époque, lui qui vivra la 1ère guerre mondiale. Mais on peut se demander pourquoi son nom a déserté les programmes des salles de concert, même si, habité par une certaine clairvoyance, il le prédisait lui-même, en contrepoint de Brahms. Habile orchestrateur, il manque peut-être d’audace, mais sans doute pas de caractère.

Cette symphonie en témoigne dans ses – inhabituels – trois mouvements. Voici le dernier, « allegro molto tranquillo », à la fois serein et triomphal, qui vous donnera peut-être envie d’en savoir plus sur un premier mouvement très résolu (quoi qu’un peu systématique) et un adagio central comme suspendu.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »