Instant classique – 4 septembre 1881… 139 ans jour pour jour : création de la Messe des pêcheurs de Villerville de Gabriel Fauré et d’André Messager, une œuvre pour femmes uniquement, sans grande prétention musicale bien que non dénuée d’un certain charme.

En 1881, Gabriel Fauré a trente-six ans et André Messager, vingt-huit. Ils résident tous deux durant l’été dans la maison normande de M. et Mme Clerc, qui sont leurs amis et surtout mécènes. Les deux jeunes compositeurs s’amusent à écrire ensemble une petite messe destinée à venir en aide à une association de pêcheurs d’un village voisin, Villerville, situé entre Trouville et Honfleur. Comme quoi, il y avait déjà un tas de parisiens dans le coin… La messe en question, sans grande prétention musicale bien que non dénuée d’un certain charme, doit être chantée par des voix féminines et l’accompagnement est alors constitué d’un violon et d’un harmonium.

La création, voici 139 ans, rencontre évidemment un grand succès. Pour un village comme celui-ci, c’est quand même un événement ! Ce sont des dames en vacances dans le coin qui composent le chœur et le succès est tel qu’on se met d’accord pour une seconde audition l’année suivante, avec cette fois un petit orchestre (quintette à cordes, flûte, hautbois, clarinette, en plus de l’harmonium), Fauré ayant orchestré la dernière partie et Messager toutes les autres.

Apparemment, tout le monde a bien rigolé : « Malgré la gaieté des répétitions ou peut-être à cause de la gaieté des répétitions, écrit Fauré, l’exécution a été excellente et cette maîtrise improvisée, aussi jolie à voir qu’agréable à entendre, m’a un peu reposé de ma sévère Madeleine. » Oui car on sait peu que le vénérable patriarche à la moustache blanche très fournie – image qu’on a généralement de Fauré à la fin de sa vie – est alors un jeune homme fort bien de sa personne et très (très très) porté sur la gent féminine, tout titulaire de l’orgue de l’austère église de la Madeleine qu’il est…

Fauré réutilisera des fragments de cette petite messe pour sa plus sérieuse « Messe basse » quelques années plus tard, preuve que les qualités musicales de cette partition ne lui paraissaient pas si puériles…

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »