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5 décembre 1837 : la stéréo selon Berlioz

5 décembre 1837 : la stéréo selon Berlioz
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Instant classique – 5 décembre 1837… 181 années jour pour jour. En mars 1837, le comte de Gasparin, ministre de l’Intérieur, commande à Hector Berlioz une messe des morts à la mémoire du maréchal Mortier, tué lors de l’attentat de Fieschi contre Louis-Philippe en juillet 1835, messe qui célébrerait également les victimes de la révolution de 1830.

Le prix de la messe était de 3 000 francs de l’époque, une somme que le ministre remettrait chaque année à un jeune compositeur pour une œuvre religieuse. Comme d’habitude, Berlioz s’empare fiévreusement du projet et comme d’habitude, il doit faire face à quantité de problèmes en tous genres.

Cherubini, d’abord. Tout puissant patron du conservatoire, il veut imposer son propre Requiem en ré, mais Gasparin soutient Berlioz.

La politique ensuite. Le 1er gouvernement du comte Molé tombe au printemps 1837 et se reconstitue sans Gasparin. Le projet de requiem pour le maréchal Mortier tombe à l’eau et Berlioz se plaint amèrement : « On me vole mon présent et mon avenir ». Heureusement pour lui, alors qu’il avait terminé son ouvrage à la fin du mois de juin, le roi Louis-Philippe décide quelques mois plus tard de célébrer la prise de Constantine, où le général de Damrémont et tant d’autres avaient trouvé la mort. Le gouvernement sort le grand jeu (un crédit de 14 000 francs, 400 musiciens – Berlioz en voulait 100 de plus) et désigne l’église Saint-Louis des Invalides pour la création qui a enfin lieu le 5 décembre 1837.

Chef-d’œuvre incroyablement moderne pour l’époque, le Requiem stupéfie l’assistance. « La musique était belle et bizarre, sauvage, convulsive et douloureuse », note Alfred de Vigny.

Berlioz ne lésine pas sur les effets et place quatre groupes de cuivres aux quatre angles de l’église pour le Tuba mirum, réinventant la quadriphonie. Berlioz raconte qu’à cet instant précis, crucial, le chef d’orchestre, François Habeneck, pourtant l’un des plus fameux de l’époque, sort sa tabatière pour priser et que lui, Berlioz, doit reprendre le bâton pour diriger lui-même et empêcher le naufrage. On sait néanmoins que le compositeur n’a pas toujours été avare en affabulations…

Le succès est immense. De toutes part, on écrit à Berlioz, on lui promet l’achat par le gouvernement de l’œuvre, la Légion d’honneur, une place de professeur au Conservatoire et 4 500 francs de pension annuelle. Berlioz n’aura rien de tout ça, en tout cas pas à cause du Requiem mais ce dernier lui donne une gloire durable. « Si j’étais menacé de voir brûler mon œuvre entière moins une partition, c’est pour la Messe des morts que je demanderais grâce », écrira le compositeur trente ans plus tard.

En voici le fameux « Dies Irae » suivi du « Tuba mirum » qui, dit-on, provoqua une crise de nerfs parmi les choristes et même chez le prêtre qui officiait…

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »



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