Instant classique – 5 juin 1919… 111 ans jour pour jour. C’est l’inévitable Serge de Diaghilev, patron des non moins inévitables Ballets russes, qui commande à Ottorino (si, si) Respighi un ballet en un acte et trois tableaux, La boutique fantasque.

Le compositeur italien fait partie de cette génération de musiciens de la péninsule, avec Alfredo Casella ou Gian Francesco Malipiero, qui entend donner une place plus grande à la musique symphonique là où l’opéra a toujours pris toute la lumière.

Pour ce ballet, cependant, Ottorino Respighi ne va pas chercher midi à 14 heures. L’argument est assez mince : l’histoire se passe en France, où un célèbre fabricant de jouets a créé des poupées parfaites, façon Olympia des Contes d’Hoffmann. Les automates ravissent les clients venus du monde entier par leurs danses. On y voit par exemple un couple de danseurs de cancan qui exécutent parfaitement leur numéro, d’autant mieux que ces deux poupées s’aiment évidemment profondément. Mais voilà qu’une famille d’Américains décide d’acheter le danseur, tandis qu’un client russe veut acheter la danseuse. L’accord est conclu et les familles viendront les chercher le lendemain. Mais pendant la nuit ensorcelée, les poupées deviennent des humains et se mettent à danser. Pas question de séparer le couple, la révolte gronde. Lorsque, le lendemain matin, la boutique ouvre et que les clients viennent retirer les danseurs, il ont disparu. Les clients protestent et une bagarre éclate. Le commerçant ne doit son salut qu’aux poupées cosaques qui chargent et chassent les mécontents du magasin.

Pour la musique, Respighi ne s’est pas beaucoup plus fatigué que pour l’histoire. Il souhaitait d’emblée s’inspirer très directement du dernier chef-d’œuvre de Gioacchino Rossini, ces petites pièces pour piano rassemblées sous le titre Péchés de ma vieillesse et Soirées musicales. En fait, Respighi ne fait que les habiller avec un orchestre luxuriant et démonstratif.

Le ballet est créé à l’Alhambra, à Londres, sur une chorégraphie de Leonid Massine, dans des décors conçu par le grand peintre André Derain et sous la direction du français Henri Defossé. On en tire une suite pour orchestre qui résume les principales pièces du ballet (qui dure 45 minutes), et que voici.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »