Instant classique – 5 mars 1942… 76 années jour pour jour. Dimitri Chostakovitch, qui a alors 34 ans, se trouve à Leningrad, redevenue depuis Saint-Pétersbourg, lorsque la guerre entre les deux ex-alliés URSS et Allemagne nazie éclate en juin 1941.

Dans la ville, très vite assiégée pour de longs mois épouvantables, Dimitri Chostakovitch travaille comme assistant musical dans un théâtre chargé de distraire les soldats engagés sur la ligne de front autour de la ville ou blessés dans les hôpitaux. Puis il est requis comme pompier.

Il commence alors à composer sa 7e symphonie, qui est tout entière liée à ces circonstances dramatiques. C’est une symphonie de guerre, devenue depuis la plus célèbre du compositeur, et qui est finalement créée tant bien que mal à Kouïbychev le 5 mars suivant, sous la direction de Samuel Samossoud.

Comme un écho par-delà les mers entre les nouveaux alliés de fait, Arturo Toscanini la dirige très vite après, à New-York, à la tête de l’orchestre de la NBC pour la radio, justement, lui assurant une résonance mondiale.

C’est une œuvre à programme, dont Chostakovitch avait même pensé baptiser chacun des quatre mouvements :

  1. la guerre
  2. souvenirs
  3. les grands espaces de ma patrie
  4. la victoire

Ce qu’il n’a finalement pas fait, mais qui s’entend.

Relativement longue, l’œuvre est presque pour moitié dévorée par l’immense et terrifiant premier mouvement (noté « allegretto » pour le tempo !) qui pose le tableau : alors que tout est vivant, heureux et même joyeux (les premières mesures) puis paisible, on entend monter un ostinato de caisse claire, un peu comme celui du boléro de Ravel mais en plus militaire, accompagné par une marche de plus en plus bruyante, qui écrase tout.

On entend tout : les cliquetis des chars, les tentatives de résistance, les orgues de Staline, toutes ces dissonances terribles qui évoquent le chaos et la destruction. Le rouleau compresseur des envahisseurs passe, laissant un paysage désolé, et s’éteint dans le même ostinato de caisse claire qui va porter la mort au loin. C’est sans doute l’un des morceaux de musique le plus directement évocateur de la guerre.

Dimitri Chostakovitch a écrit dans ses mémoires qu’il avait voulu aussi dédier sa symphonie aux victimes des purges de Staline, avant la guerre, dont il avait failli lui-même être victime et qui l’avaient laissé durablement angoissé. Je disais qu’on entend tout dans cette symphonie, toutes les résistances. Et cela se poursuivra dans les deux symphonies suivantes.