Instant classique – 6 décembre 1821… 199 ans jour pour jour. Beethoven compose une douce sonate, toute en retenu, pour la jeune cadette d’une famille amie.

En 1819-1820, Ludwig van Beethoven compose un peu en même temps ses trois dernières sonates pour piano, jusqu’à la fameuse trente-deuxième, opus 111. D’après l’ami du compositeur, Schindler, la trentième (opus 109) est écrite essentiellement durant l’été 1820, à Mödling, au sud de Vienne. Il n’écrit pas ces sonates tout à fait par hasard. Schindler raconte qu’il avait lu dans une gazette musicale qu’il était considéré comme un compositeur un peu ‘‘has been’’, fini, démodé. On imagine que notre compositeur bougon n’a guère apprécié et du coup aurait écrit ces œuvres pour prouver qu’il fallait encore compter avec lui.

Mais cette fable est trop belle pour être vraie. Comme souvent, Beethoven veut surtout écrire pour des amis. Ceux qu’il appelle ainsi à cette époque, ce sont les Brentano. Antonie, fille d’un diplomate autrichien, von Birkenstock, avait épousé un marchand de Francfort, Franz Brentano. Elle avait rencontré Beethoven en 1810 et il se trouve des biographes pour considérer qu’elle était la fameuse « immortelle bien aimée » pour qui Beethoven a laissé une lettre retrouvée dans ses papiers à sa mort. Il est permis d’en douter fortement. Cependant, Beethoven est bien un proche de la famille, qui compte cinq enfants.

C’est à la seconde fille (la première était morte très jeune) Brentano, Maximiliana, dix-huit ans, que Beethoven dédie sa sonate opus 109. Le 6 décembre 1821, il lui envoie une jolie lettre que voici.

« Une dédicace !!! Ce n’en est pas une comme on en galvaude en quantité. C’est l’esprit qui réunit sur cette boule ronde les hommes les plus nobles et les meilleurs, et qu’aucun temps ne peut détruire, c’est lui qui maintenant vous parle, et qui vous représente à moi dans vos années d’enfance, ainsi que vos chers parents, votre mère si excellente et si spirituelle, et votre père animé de qualités vraiment bonnes, qui pense toujours à ses enfants […] et je les revois devant moi, et pensant aux excellentes qualités de vos parents, je ne doute pas que vous ayez été et que vous ne soyez tous les jours inspirée à imiter leur noblesse – jamais le souvenir d’une noble famille ne pourra s’éteindre en moi, puissiez-vous souvent penser à moi avec affection. Adieu de tout cœur, que le ciel bénisse à jamais votre vie et celle de tous les vôtres. Cordialement et toujours votre ami. Beethoven. »

Voici cette douce sonate, toute en retenue, sous les doigts d’Emil Gilels.

 

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »