À partir de son opéra Le Rossignol, Stravinsky compose un poème symphonique, morceau foisonnant, qui n’est pas le plus facile d’accès parmi les œuvres du génie russe. Nous en fêtons le 102e anniversaire aujourd’hui.

Le patron des Ballets russes, Serge de Diaghilev, avait beaucoup apprécié l’opéra de Stravinsky – avec qui il avait déjà beaucoup collaboré comme on sait – Le Rossignol, présenté en 1914. Il voudrait en faire un ballet. Ça tombe bien, Igor Stravinsky en a tiré un poème symphonique en trois parties qu’il a composé en 1917 et qu’il crée voici cent deux ans aujourd’hui à Genève, sous la direction d’un autre de ses habitués, Ernest Ansermet.

Diaghilev confie donc la chorégraphie à un troisième comparse usuel, Leonid Massine. Le livret reprend certaines parties de l’opéra : la première regroupe la fête au palais de l’empereur de Chine, un andantino qui rappelle le chant du rossignol à la flûte et une marche chinoise. La seconde oppose le chant du rossignol bien vivant (flûte) à celui du rossignol mécanique offert par l’empereur du Japon (hautbois). La troisième et dernière partie évoque la maladie et la guérison de l’empereur. On y entend une transposition pour bassons et cors du chœur d’introduction du troisième acte de l’opéra, puis le rossignol mécanique et son modèle vivant qui chante la mort. Une marche funèbre des serviteurs se transforme en finale joyeux à la découverte de la guérison de l’empereur. La trompette reprend alors ce qui constitue l’air du pêcheur dans l’opéra : « Écoutez le chant des oiseaux, c’est l’esprit du ciel qui parle par leur voix. » Mais le poème symphonique initial, lui, se termine plus doucement, par la mort de l’oiseau.

Le ballet est créé à l’opéra de Paris en février 1920, mais j’ai choisi de célébrer la création du poème symphonique, morceau foisonnant, qui n’est pas le plus facile d’accès parmi les œuvres du génie russe.

Lorin Maazel connaissait parfaitement la musique et l’esprit de Stravinsky. Le voici ici en concert avec l’orchestre symphonique de la radio de Berlin qui cisèle la partition dans ses moindres recoins.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »