6 septembre 1869… 152 ans jour pour jour. Le roi de la valse Johann Strauss fils présente une nouvelle petite polka au nom viennois plein de mystère. C’est joli, vivifiant, typique des sucreries du Concert du Nouvel An.

Voici tout juste 152 ans aujourd’hui, le roi de la valse Johann Strauss fils présente une nouvelle petite polka lors d’un concert en Russie, à Pavlovsk. C’est d’ailleurs sans doute pour complaire aux auditeurs locaux qu’il intitule cette partition « Dans les bois de Pavlovsk », Im Pawlowsk Wald.

Mais de retour à Vienne, plus la peine de garder ce nom, on peut lui redonner un lustre plus autrichien, il n’ y a pas de raison. Surtout qu’on entend apparemment les mêmes choses dans les bois viennois : un coucou, omniprésent, et des petits oiseaux, ces chers oiseaux qu’on aimerait entendre encore autant. Alors, Strauss donne à sa polka le nom de Krapfenwald, à la place de Pawlowskwald. Il s’agit d’une zone populaire de la forêt viennoise, aujourd’hui intégrée dans le XIXe arrondissement de Vienne… À moins qu’il ne s’agisse d’une auberge tenue par un certain Krapf dans les mêmes lieux… À moins encore qu’il ne s’agisse d’un hommage caché (les Viennois sont gourmands et gourmets comme on sait) au fameux beignet appelé au Portugal « bolo de Berlim » rempli de crème, de confiture ou de compote de pommes, qu’on connaît bien par ici aussi (c’est celui qui vous met du sucre jusqu’aux oreilles lorsque vous croquez généreusement dedans), et qui s’appelle en allemand « Krapfen ». Mais là, on s’explique mal la présence du coucou… dont le chant si caractéristique est ici rendu à la perfection par un appeau intégré à la partition, ainsi que quelques chants d’oiseaux.

C’est joli, vivifiant, typique des sucreries du Concert du Nouvel An. Ça tombe bien : voici trente-deux ans, c’est Carlos Kleiber qui dirigeait ce dernier. L’un des concerts les plus légendaires de toute l’histoire de ce rendez-vous annuel, grâce à ce génie de la précision et de l’élégance. Il y aura un autre concert de légende, trois ans plus tard. Et qui donc dirigeait ? Encore Carlos Kleiber évidemment. Certains autres se sont hissés presque jusqu’à lui, mais aucun ne l’a jamais surpassé dans ce répertoire.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »