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7 avril 1898 : le « Te Deum » d’action de grâces pour le public de Giuseppe Verdi

7 avril 1898 : le « Te Deum » d’action de grâces pour le public de Giuseppe Verdi
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Instant classique – 7 avril 1898… 120 années jour pour jour. Il fait peu de doute que Giuseppe Verdi avait parfois envers l’Église une sorte de distance un peu dédaigneuse, cette image noire culminant bien sûr avec l’horrible Grand Inquisiteur de Don Carlos. L’Église revient néanmoins parfois dans ses œuvres avec une image positive ou apaisante, quoiqu’il s’agisse dans ce cas plutôt de moines (la Force du Destin, par exemple, mais aussi Don Carlos avec le moine-spectre de Charles Quint).

En tout cas, la foi, elle, est omniprésente. Et puis Giuseppe Verdi avait fini par épouser sa Peppina, Giuseppina Strepponi, elle-même très croyante et pratiquante, à l’église.

Il devait donc croire quand même un petit peu, notre Giuseppe… lui qui avait pourtant été marqué par cet épisode qu’il aimait rappeler (et qui n’est probablement pas vrai) selon lequel, jeune enfant de chœur puni par son curé, il lui avait crié en dialecte parmesan « Dieu te foudroie », ce qui arriva effectivement au pauvre prêtre. C’est de cela que viendrait la fameuse « Maledizione » dans Rigoletto, qui se retourne finalement contre son auteur.

En 1894, à plus de 80 ans, il écrit une petite pièce religieuse pour une œuvre commune destinée à la mémoire des victimes du tremblement de terre de cette année là en Sicile et en Calabre. Dans le même temps, il se lance dans ce qui sera son dernier monument musical.

L’année suivante, il revient aux fondamentaux qui l’ont toujours profondément intéressé : Giovanni Pierluigi da Palestrina, Henry Purcell, Tomás Luis de Victoria.

Il écrit donc, aux côtés d’un « Ave Maria », d’un « Stabat Mater » – qu’il termine en dernier en 1897 – et de « Laudi alla Vergine » – les premières composées dès 1890 – un « Te Deum », la plus religieuse de ces pièces (il n’y a qu’à écouter le chœur a capella d’entrée, pour mesure combien Giuseppe Verdi lorgne du côté des compositeurs précités, en particulier Palestrina) : ces quatre pièces vont devenir une œuvre unique intitulée Quattro pezzi sacri, créées finalement ce 7 avril 1898 à Paris, en l’absence du compositeur qui n’avait plus guère la santé, à plus de 84 ans, de faire le voyage.

En avril 1895, alors qu’il compose ce Te Deum à la force peu commune et à la musicalité extraordinaire, il écrit son ami Mascheroni : « Vous me dites avoir surpris quelques feuillets de partition sur mon écritoire ! Peut-être ! Je voulais faire un Te Deum !!! Une action de grâces, pas pour moi mais pour le public, pour être débarrassé après tant d’années de l’obligation d’entendre mes œuvres ! »

En juin 1896, la partition est achevée, mais il ne l’apprécie pas (!) et la met d’abord de côté. Mais en novembre 1897, sa chère Peppina va voir si tout ce à quoi elle a tant cru est bien vrai. Le vieux Verdi, esseulé et très affecté, ne composera plus une ligne et finit par accepter qu’on crée ces quatre pièces, un peu pour elle en vérité, à Paris donc.

C’est à Turin sous la direction d’Arturo Toscanini qu’elles seront présentées en Italie quelques mois après et c’est donc le chœur et l’orchestre du Teatro Regio di Torino que je vous propose d’écouter dans ce fantastique chef-d’œuvre qu’est le Te Deum. Mais il faut écouter les trois autres (en particulier le « Stabat Mater », sa toute dernière, tout aussi saisissante). Que l’on croie ou pas.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »



Photographie de Une – Fronton de la basilique Saint-Pierre de Bydgoszcz



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