Instant classique – 7 février 1874… 147 ans jour pour jour. Jacques Offenbach, dans la tourmente, reprend l’un de ses plus grand succès, Orphée aux Enfers, transformant les deux actes initiaux en quatre, dans une production d’une rare opulence… provoquant l’étranglement furibard des tenants du « bon goût ».

Orphée aux enfers, « opéra-bouffon » créé en 1858 avec un accueil d’abord froid, voire outré, puis tiède, puis chaud, puis carrément délirant après quelques soirs, avait donné lieu à pas moins de 227 représentations d’affilée au théâtre des Bouffes-Parisiens, avant de faire le tour du monde, avec son galop infernal qui allait bientôt devenir le symbole du fameux « french cancan ». Tout ça au grand dam de Zola, qui vomit dans Nana une opérette intitulée « La blonde Vénus », qui ne trompe personne : « Ce carnaval des dieux, l’Olympe traîné dans la boue, toute une religion, toute une poésie bafouées, semblèrent un régal exquis. La fièvre de l’irrévérence gagnait le monde lettré des premières représentations ; on piétinait sur la légende, on cassait les antiques images. […] Depuis longtemps, au théâtre, le public ne s’était vautré dans de la bêtise plus irrespectueuse. Cela le reposait. » Sacré Mimile, toujours le mot pour rire…

Mais malgré les grincheux, le succès ne se dément pas, jusqu’à la déroute de 1870. Jacques Offenbach, associé par les nouveaux maîtres au régime impérial et qui de surcroît était né en Allemagne, est obligé de se faire discret. En 1873, il prend la direction du théâtre de la Gaîté où ses ennemis sont tout près de parvenir à lui interdire d’y monter ses propres œuvres, mais heureusement finissent par échouer. Et là, il faut bien que le pauvre Offenbach se refasse un peu. Il reprend alors ce qui reste l’un de ses plus grand succès, Orphée aux Enfers, qu’il rebaptise « Opéra-féérie », ajoutant une grande ouverture (celle de 1858 était très courte), transformant les deux actes initiaux en quatre, ajoutant des danses, des chœurs, des airs, pour recréer le tout voici tout juste cent quarante-sept ans, dans une production d’une rare opulence. En quatre ans, cette version atteindra 1000 représentations, provoquant à nouveau l’étranglement furibard des tenants du « bon goût ».

Voici donc quelques extraits de l’Orphée de 1874 : l’ouverture, d’environ dix minutes, qui est très rarement donnée sous cette forme, même en concert. Celle qu’on entend en effet dans ces derniers, a été réalisée par le compositeur autrichien Carl Binder peu après la version de 1858. Mais c’est égal, dans les deux cas, l’ouverture repose sur un pot-pourri des thèmes de l’œuvre, et c’est bien sûr très réussi. Avec en prime, quelques éléments du ballet ajouté. Il n’y a pas de mal à se faire du bien, ici avec le Philharmonia.

Cédric MANUEL

 



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