7 juillet 1860… 161 ans jour pour jour – Bohémien, Allemand et Juif : le triple apatride Gustav Mahler naît ce jour dans une famille moyenne d’un minuscule bourg… Rien ne présageait qu’il deviendrait le plus grand chef d’orchestre de son temps et le compositeur que l’on sait.

Gustav Mahler est né voici cent-soixante-et-un ans à Kaliště, minuscule bourg de Bohème, aujourd’hui en République tchèque, mais alors au cœur de l’empire austro-hongrois, dans une famille de confession juive. « Je suis trois fois sans patrie, écrira-t-il : un Bohémien parmi les Autrichiens, un Allemand parmi les Autrichiens et un Juif parmi tous les peuples du monde. »

Son père Bernhard s’est péniblement hissé au statut de propriétaire, cafetier dans ce village très retiré. Il a épousé davantage un bon parti qu’une femme aimée, Marie, véritable « Mater dolorosa » qui subira quatorze maternités et sera toute leur vie une épouse maltraitée dont les disputes avec son mari sont très violentes et très fréquentes. Car Bernhard n’est pas du tout commode ; c’est un homme intransigeant et brutal, ce qu’on appelle un tyran domestique.

Très vite, la famille s’installe à Iglau, ville nettement plus importante, en Moravie. C’est là que le jeune Mahler s’initiera à ces sonorités si importantes dans sa musique à venir : la musique de cabaret dans le café distillerie de son père, les groupes de musiciens bohémiens itinérants, les fanfares militaires, le folklore…. Dans le grenier de ses grands-parents, il tombe à quatre ans sur un piano. Il montre de telles aptitudes qu’on lui fait donner des leçons très vite ; il est encouragé par ses parents. Il commence à composer à six ans.

Bientôt, ce garçon turbulent est repéré par un notable qui pousse les parents à l’envoyer à Vienne au Conservatoire, voyant en Gustav un « musicien né « . Mahler se rendra dans la grande capitale de l’empire à l’âge de quinze ans et c’est là qu’il achèvera de construire sa formation jusqu’à devenir peu à peu le plus grand chef d’orchestre de son temps et le compositeur que l’on sait, lequel mettra beaucoup plus de temps à être reconnu. Mais c’est une autre histoire.

Comme le veut l’usage de ces billets quotidiens, s’agissant d’un anniversaire, je choisis la première œuvre créée ou recensée : voici donc l’opus 1 de son catalogue. Il s’agit d’une série de lieder avec orchestre, Das Klagende lied (Le chant plaintif) qu’il commence en 1878 et qui sont les souvenirs des histoires, contes et berceuses que lui racontait la nourrice de son voisin à Iglau, Theodor Fischer. Il jette là les bases de son style à venir…. En voici un extrait, « der Spielmann » (Le joueur), si plein d’atmosphères…

Cédric MANUEL

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Photographique : Gustav Mahler, photographié par Moriz Nähr en 1907
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Rubrique : « Le saviez-vous ? »